Revue de presse  ·  pour Clémence & Edgar

The Economistnuméro du 12 septembre 2026

Vol. 460 · n° 951684 pagesÉdition Europe continentale

p.16

Briefing

  • HGG
  • CG · humanité
  • Anglais
  • Clémence

Éditorial p. 7 « The reality of Islam in Europe » + briefing p. 16-18 « Of veils and threats » — Hambourg, Lille, Malmö

« Looming larger » — part des musulmans dans la population totale, 2010 et 2020.
« Looming larger » — part des musulmans dans la population totale, 2010 et 2020. The Economist, 12 septembre 2026, p. 17

Le journal fait deux choses à la fois, et c'est ce qui rend l'article utile. Il démonte les peurs les plus grosses — pas de grand remplacement, pas de zones de non-droit, pas de charia rampante. Et il refuse de conclure qu'il n'y a rien : l'islamisme, distingué de l'islam comme une idéologie politique l'est d'une religion, pose des problèmes locaux réels, dont les premières victimes sont d'autres musulmans. La thèse : le danger continental naît de l'exploitation politique de ces problèmes locaux, par les deux bords.

Exemples mobilisables

  • Les musulmans représentent 6 % d'une population européenne de plus de 500 millions d'habitants, et moins de 10 % dans chaque pays d'Europe occidentale. Mais la progression est rapide : France 6,6 % (2010) → 9,1 % (2020) ; Suède 4,5 % → 8,1 %.
  • Les taux de fécondité des nouveaux arrivants convergent en deux générations vers ceux des natifs. C'est l'argument démographique de fond contre la thèse du remplacement.
  • Intégration par le travail : 64 % des réfugiés arrivés en Allemagne en 2015 avaient un emploi en 2022, contre un taux national de 70 %. 88 % des musulmans d'Allemagne s'y disent à l'aise, 73 % veulent s'intégrer « sans réserve » (université de Münster).
  • Intégration par l'école : 32 % des enfants de deux parents immigrés du Maghreb sont diplômés du supérieur (INED), contre 43 % pour la France entière — mais contre 3 % de leurs parents. Au Royaume-Uni, 67 % des Bangladais ayant passé les examens de 2021 étaient à l'université à 19 ans, contre 38 % des Britanniques blancs.
  • Terrorisme : Europol recense 24 tentatives d'attentat djihadiste dans l'UE l'an dernier, dont la plupart déjouées. Les neuf qui ont abouti (huit attaques au couteau, une à la voiture-bélier) ont fait cinq morts. En 2024 : six attaques, six morts. « Rien, même de loin, à l'échelle du 11-Septembre », dont c'est le vingt-cinquième anniversaire cette semaine.
  • Et pourtant : dans plusieurs pays européens, la moitié de la population juge l'islam incompatible avec les valeurs occidentales. 60 % des électeurs français soutiennent l'interdiction du voile dans l'espace public proposée par Marine Le Pen. 39 députés néerlandais sur 150 ont soutenu une motion disant que « l'islam n'appartient pas aux Pays-Bas ».
  • Les chiffres d'opinion côté musulman, que le journal ne cache pas : au Royaume-Uni, 52 % des musulmans jugent l'homosexualité condamnable ; 41 % des moins de 35 ans estiment que la violence peut se justifier si l'on insulte le prophète, contre 25 % de leurs aînés. En France, 44 % des musulmans préféreraient la loi islamique à la loi française (28 % en 1995), 52 % chez les moins de 25 ans.
  • Le mécanisme que l'article propose pour expliquer ce dernier chiffre : chez les jeunes, l'adhésion à des vues conservatrices peut être une manière d'affirmer une identité face à l'hostilité ambiante. Cause ou conséquence : c'est tout le débat, et le journal ne tranche pas.
  • Estimations des services : 28 000 membres des groupes suivis par le renseignement intérieur allemand ; 3 à 5 % des musulmans néerlandais (25 000 à 50 000 personnes) tenus pour fondamentalistes.
  • Les victimes premières sont locales : la moitié des douze quartiers de Blackburn, en Angleterre, sont musulmans à plus de 60 %, deux à plus de 80 %. Les femmes y subissent une pression pour s'en remettre à des conseils de charia dans leur vie familiale ; les musulmans homosexuels ou libéraux y sont intimidés.
  • Le coût des erreurs de l'État : en 2019, les services néerlandais accusent le lycée Cornelius Haga d'Amsterdam d'être noyauté par des enseignants fondamentalistes. L'école attaque en justice, et en 2024 un tribunal juge les accusations trompeuses. Chaque épisode de ce genre nourrit le sentiment de chasse aux sorcières.
  • La phrase la plus utile, d'Andy Grote, ministre de l'Intérieur de Hambourg : « L'AfD et les islamistes radicaux sont partenaires : ils prospèrent tous les deux sur la polarisation. » Et celle de Hugo Micheron : « les algorithmes ont de plus en plus remplacé les imams, les mentors et les professeurs ».
  • À Rosengard (Malmö), quartier « vulnérable » depuis plus de dix ans, le parti Nuance — qui veut criminaliser l'islamophobie et la profanation du Coran — a recueilli plus de 30 % des voix dans le bureau principal en 2022, pour 0,4 % au niveau national.

Contrepoint

Olivier Roy, L'islam mondialisé et Le djihad et la mort : la radicalisation est moins l'aboutissement d'une religiosité que la révolte de jeunes déculturalisés — « islamisation de la radicalité » plutôt que radicalisation de l'islam. Face à lui, Gilles Kepel (Terreur dans l'Hexagone) tient au contraire que l'idéologie salafiste et son implantation territoriale sont premières. Le désaccord Roy-Kepel est le contrepoint à connaître : il structure tout le débat français depuis dix ans, et une copie qui le mobilise proprement se distingue immédiatement. Sur le versant du regard porté : Edward Saïd, L'Orientalisme.

Vocabulaire

  • entryism — entrisme : noyautage d'une institution de l'intérieur
  • no-go zone — zone de non-droit — expression que l'article récuse
  • pusillanimous — pusillanime, timoré
  • to whip up fear — attiser la peur

Question

Faut-il tolérer les ennemis de la tolérance ?

En HGG : la laïcité est-elle un modèle exportable ?

p.50

International

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  • Les deux

Éditorial p. 10 « No more excuses » + enquête p. 50-51 « Are teenagers growing dimmer ? » — résultats PISA publiés le 8 septembre 2026

« Slip slidin' away » — score PISA moyen en lecture, 2015 et 2025. La France perd une vingtaine de points ; la Finlande s'effondre ; la Turquie progresse.
« Slip slidin' away » — score PISA moyen en lecture, 2015 et 2025. La France perd une vingtaine de points ; la Finlande s'effondre ; la Turquie progresse. The Economist, 12 septembre 2026, p. 51

On espérait un rebond post-covid ; c'est l'inverse. Les scores PISA 2026 sont les pires depuis la création des tests en 2000, et en littératie la baisse accélère. Un jeune de 15 ans des pays riches lit aujourd'hui comme un jeune de 14 ans il y a dix ans. Le journal refuse les deux excuses disponibles : la pandémie est finie, et l'IA ne rend pas l'entraînement du cerveau inutile — pas plus que l'automobile n'a supprimé le besoin d'exercice physique.

Exemples mobilisables

  • La moyenne des 23 pays de l'OCDE présents à toutes les éditions a culminé vers 2012 et baisse depuis. En maths comme en lecture, un élève de 15 ans se situe au niveau d'un élève de 14 ans d'il y a dix ans.
  • 20 % des jeunes de 15 ans de l'OCDE sont faibles dans les trois disciplines, contre 16 % il y a quatre ans. L'OCDE précise ce que cela signifie : ils peineront à comprendre autre chose qu'un texte très simple, ou à lire une facture d'électricité.
  • L'écart entre les élèves les plus faibles et les plus forts est le plus large jamais mesuré par PISA, dans toutes les disciplines. Le décrochage est donc aussi un creusement des inégalités.
  • Absentéisme : environ 15 % des élèves du primaire des pays riches manquent au moins un jour tous les quinze jours, contre 10 % en 2019.
  • Lecture : 37 % des enfants de neuf ans aux États-Unis disent lire des livres pour le plaisir, contre près de 60 % dans les années 1990. Andreas Schleicher (OCDE) signale l'essor des hasty readers, ces élèves qui traversent l'épreuve à toute vitesse en se trompant beaucoup.
  • Le chiffre économique à retenir, de Ludger Woessmann et Eric Hanushek : gagner 25 points de score PISA relèverait la croissance annuelle du PIB des pays riches d'un demi-point.
  • Les bons élèves : l'Asie domine, mais les scores chinois ne portent que sur quatre provinces et ne sont pas représentatifs. L'Estonie reste le meilleur système occidental ; la Turquie progresse vite ; le Royaume-Uni entre dans les dix premiers dans les trois disciplines.
  • La leçon asiatique, contre-intuitive : ces pays sont beaucoup moins obsédés que l'Occident par la taille des classes. Ils choisissent moins d'enseignants, mieux payés et mieux formés. C'est l'inverse de la stratégie américaine, qui consiste depuis longtemps à ajouter du personnel.
  • La leçon anglaise : depuis quinze ans, l'Angleterre a fait le contraire de la mode — programmes plus « riches en savoirs », examens plus exigeants, contrôle continu dépriorisé parce qu'on y triche facilement, inspections durcies. Comparaison imparable : il y a vingt ans l'Écosse faisait mieux que l'Angleterre ; elle fait moins bien aujourd'hui, avec une dépense par élève nettement supérieure. Ni le covid ni les écrans n'expliquent l'écart, puisqu'ils ont frappé les deux.
  • Les écrans : la baisse commence vers 2012, ce qui coïncide avec la diffusion du smartphone. Environ la moitié des pays interdisent aujourd'hui le téléphone à l'école, à des degrés divers.
  • La formule de Schleicher sur le numérique éducatif : les élèves sont trop souvent devenus des « mannequins de crash-test » pour des outils non éprouvés. Et sur les établissements : ils sont devenus « complaisants » et enclins à dire aux familles que « le travail médiocre, c'est très bien ».
  • L'argument central de l'éditorial, à recopier : parce que l'IA augmentera la tentation de sous-traiter les tâches cognitives difficiles, l'école a un devoir supplémentaire de faire travailler les cerveaux. L'adaptation à un monde de changement rapide demande plus d'agilité mentale, pas moins.

Contrepoint

Bernard Stiegler, Prendre soin. De la jeunesse et des générations : la question n'est pas le temps d'écran mais la captation de l'attention comme modèle économique — on ne règle pas par un règlement intérieur ce qui relève d'une industrie. Sur la mesure elle-même : les travaux de Nathalie Bulle et, plus largement, la critique sociologique de PISA comme instrument de gouvernement par les nombres (Alain Supiot, La Gouvernance par les nombres) — imparable pour montrer qu'un classement international produit des politiques autant qu'il les évalue. Et l'effet Flynn inversé (James Flynn lui-même) pour la version longue du même phénomène.

Vocabulaire

  • to plumb further depths — sombrer plus bas encore
  • soft skills — compétences comportementales — ici péjoratif : « vagues »
  • knowledge-rich curriculum — programme riche en savoirs
  • to make mincemeat of — réduire en bouillie

Question

Faut-il encore apprendre ce que les machines savent faire ?

Qu'est-ce qui, dans l'homme, doit être transmis ?

p.65

Finance & économie

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p. 65-66 « Help wanted » — Washington ; l'apocalypse de l'emploi est repoussée

« Differential calculus » — variation de l'emploi par métier aux États-Unis, mai 2023 – mai 2025.
« Differential calculus » — variation de l'emploi par métier aux États-Unis, mai 2023 – mai 2025. The Economist, 12 septembre 2026, p. 66

Le journal a fait le calcul : l'IA aurait créé environ un million d'emplois aux États-Unis, contre quelque 200 000 suppressions qui lui sont attribuées depuis mi-2023. Trois sources : le chantier physique des centres de données, une classe entièrement nouvelle de métiers de bureau, et les gains de productivité qui font baisser le prix de certains services et donc monter leur demande. La thèse : l'apocalypse est repoussée, pas annulée.

Exemples mobilisables

  • Août 2026 : 162 000 emplois créés, bien au-dessus des attentes. Chômage à 4,1 %, plus bas que dans 90 % des mois du dernier demi-siècle. L'écart de chômage entre les 20-24 ans et l'ensemble est proche de son plus bas niveau depuis des décennies : les jeunes, présentés comme les premières victimes, vont bien.
  • Les suppressions annoncées « liées à l'IA » tournent à 16 000 par mois (Challenger, Gray & Christmas). À rapporter au fait que les employeurs américains se séparent de 1,7 million de travailleurs dans un mois ordinaire : le signal se perd dans le bruit.
  • La dépense annuelle en équipements pour l'IA — puces, serveurs, centres de données, refroidissement, électricité — est supérieure d'environ 500 milliards de dollars à son niveau de 2022 (Goldman Sachs). La seule construction de centres de données tourne à plus de 75 milliards par an, en hausse de 60 % sur un an.
  • Les cinq secteurs au cœur de ce chantier ont gagné 320 000 emplois de plus que ne le laissaient prévoir les tendances générales du bâtiment et de l'industrie. Les métiers : électriciens, spécialistes de la climatisation, ingénieurs réseau, techniciens de maintenance. La BLS attend des services publics d'énergie la plus forte croissance sectorielle d'ici 2035.
  • Salaires : +13 % de janvier à juin dans la fabrication d'équipements électriques, près de 8 % chez les électriciens sous contrat.
  • Les nouveaux métiers de bureau, à connaître par leur nom : ingénieurs de modèles, annotateurs de données (qui étiquettent les entrées et jugent les réponses), ingénieurs « forward-deployed » (qui adaptent les modèles chez le client), et les tout neufs « heads of AI ». Ces trois intitulés ont doublé en nombre d'offres depuis 2023-24 (LinkedIn).
  • Environ 1 % des emplois qualifiés américains sont désormais des « emplois IA », soit de l'ordre d'un million (Burning Glass Institute). Dans l'informatique et les sciences du vivant, la part monte à 4-5 %. LinkedIn compte 640 000 nouveaux postes spécifiquement IA entre 2023 et 2025, et près d'un demi-million d'emplois de centres de données.
  • L'effet productivité, contre-intuitif : entre 2023 et 2025, l'emploi de parajuristes a augmenté de 11 % et celui des analystes d'études de marché de 6 %, contre 2 % en moyenne nationale. Deux métiers pourtant classés parmi les plus exposés. Si l'IA fait baisser le coût d'un service, la demande peut monter assez pour créer plus de travail qu'elle n'en détruit — c'est le paradoxe de Jevons appliqué au travail intellectuel.
  • Les perdants, eux, sont nets : depuis janvier 2023, −10 % chez les téléconseillers, −15 % chez les secrétaires et assistants administratifs. La BLS attend 752 000 suppressions dans le support administratif d'ici 2035. Ce sont des métiers féminisés et peu qualifiés : la répartition compte autant que le solde.
  • L'argument historique de clôture : plus de 6 millions d'Américains travaillent aujourd'hui dans des métiers informatiques qui n'existaient pas avant l'ordinateur, et 8 millions dans des secteurs neufs — économie des plateformes, commerce en ligne, création de contenu. « Fantaisiste ? Peut-être. Mais être influenceur l'était aussi il y a dix ou vingt ans. »
  • Le recrutement dans les services professionnels tourne 10 % en dessous de la moyenne 2015-19 : c'est là, et pas dans les licenciements, que l'IA se voit le plus — par les embauches qui n'ont pas lieu. Un effet invisible dans les statistiques de chômage.

Contrepoint

Daron Acemoglu et Simon Johnson, Pouvoir et progrès : la technologie ne profite au plus grand nombre que si les institutions l'y contraignent ; le « solde net positif » des économistes a masqué des décennies de déclassement pendant la révolution industrielle. C'est le contrepoint le plus direct, et Acemoglu a d'ailleurs été la cible d'un échange de lettres dans ce même journal deux semaines plus tôt. Sur le mécanisme : David Autor et la polarisation de l'emploi — l'automatisation évide le milieu de la distribution, pas les extrémités, ce que le graphique de la p. 66 montre presque à la perfection.

Vocabulaire

  • jobs apocalypse — apocalypse de l'emploi
  • churn — rotation, brassage de la main-d'œuvre
  • build-out — déploiement, construction à grande échelle
  • hard hats — casques de chantier — par métonymie, les ouvriers du bâtiment

Question

Le travail est-il ce qui nous rend humains ?

Le progrès technique détruit-il l'emploi ?

p.14

By Invitation · tribune

  • CG · humanité
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  • Arts & cultures
  • Les deux

Tribune signée p. 14, Ryan Jacobs, PDG de Cardinal40, ancien rédacteur de discours de Janet Yellen et Bill Gates

Un rédacteur de discours professionnel défend l'écriture assistée par IA, et son argument n'est pas celui qu'on attend. Ce qu'un bon plume vend, dit-il, ce n'est pas la prose : c'est l'interrogatoire — l'heure d'entretien où le client découvre lui-même le fil de sa propre vie. La promesse de l'IA serait de démocratiser cela. Le problème : elle en est incapable, parce qu'elle interroge la page au lieu d'interroger la personne.

Exemples mobilisables

  • L'anecdote centrale, exemplaire en dissertation : un des inventeurs de la technologie Xerox lui commande un discours de remise de diplômes. Au fil de l'entretien sortent des histoires sans lien — la chimie où il a failli se faire sauter, le droit ensuite, et son père qui jouait du violon dans un quatuor berlinois avec un jeune physicien nommé Einstein.
  • Le passage écrit ensemble : « Seuls, le magnésium et le fer sont ennuyeux. Mais chauffez le fer jusqu'à le rendre en fusion, ajoutez le magnésium, et vous obtenez un feu d'artifice. » Le droit et la chimie, deux matières ternes, lui avaient donné un brevet. « Très peu d'entre nous sont des Einstein, mais nous pouvons faire ce qu'il faisait : trouver l'inspiration à l'intersection des choses. »
  • La définition du métier : « nous tendons un miroir pour que les gens voient leur propre vie, et leurs propres idées, autrement ». Ce que le client croit acheter : la mise en mots. Ce qu'il repart en ayant compris : que la valeur était produite avant qu'un seul mot soit écrit.
  • La cible : la « police des mots », filigranes de Claude et score d'écriture-IA de Pangram. « Ni l'un ni l'autre ne vous montre comment rendre votre brouillon meilleur. Ce sont essentiellement des rabat-joie sous forme de logiciel : tu écris mal, tu triches, fais mieux ! »
  • L'argument démocratique : derrière l'injonction à ne jamais sous-traiter son écriture, il y a l'idée naïve qu'un Hemingway dort en chacun et qu'il suffirait de discipline. « Une vision dingue et élitiste du monde de l'écriture. » Mais comment mieux écrire si personne ne vous a jamais montré à quoi ressemble une bonne écriture ?
  • L'analogie forte, à discuter : la meilleure comparaison pour l'IA n'est ni l'électricité, ni le feu, ni Internet, mais l'invention de l'agriculture il y a 12 000 ans. Jacobs cite Harari : « nous n'avons pas domestiqué le blé, c'est lui qui nous a domestiqués ». Et il ajoute, avec une ironie réjouissante, que cette phrase, si brillante soit-elle, « se lit exactement comme de l'IA. Personne ne devrait s'en soucier. »
  • Le risque nommé en une phrase : « que la chose qui étend notre capacité à produire de l'écriture rétrécisse notre capacité à mettre de la pensée derrière. Un monde de mots plus nombreux, et plus vides. »
  • Les tentatives de réponse : Dan Wang, professeur à Columbia, a construit un programme qui débat avec ses étudiants au lieu de leur donner la réponse. Jacobs a lui-même bâti un traitement de texte qui oblige à écrire quelques centaines de mots avant de vous interroger. Il l'a mis au placard : « j'avais construit quelque chose qui interrogeait la page au lieu de la personne — la même erreur que la police des mots ».
  • La chute, honnête : en tant que rédacteur humain, il perdra son gagne-pain si quelqu'un résout le problème. « Mais si ma semi-obsolescence est le prix d'un monde qui pense plus profondément et écrit mieux, soit. »
  • À noter pour la méthode : le journal renvoie en pied de page à sa propre politique sur l'IA dans les tribunes (economist.com/ai-policy). Publier une tribune sur l'IA en indiquant sa règle sur l'IA est une précaution éditoriale à relever.

Contrepoint

Platon, Phèdre, et le mythe de Theuth : l'écriture elle-même fut dénoncée comme une prothèse qui produirait « l'oubli dans les âmes » et une apparence de savoir. Jacobs rejoue exactement ce débat, un cran plus loin, et l'ignorer serait dommage. Contre lui : Hannah Arendt sur la distinction travail / œuvre — déléguer l'exécution n'est pas anodin quand l'œuvre est ce par quoi on apparaît aux autres. Et sur la sycophantie qu'il pointe, Cass Sunstein et la question de savoir si un interlocuteur conçu pour nous plaire peut encore nous instruire.

Vocabulaire

  • to ghostwrite — écrire pour quelqu'un d'autre, être la plume de
  • scold — rabat-joie, donneur de leçons
  • throughline — fil conducteur
  • bonkers — dingue, complètement délirant

Question

Écrire, est-ce penser ?

Peut-on déléguer l'expression de soi ?

p.19

Europe

  • HGG
  • Anglais
  • Clémence

Éditorial p. 9 « The mauled middle » + analyse p. 19-20 « Pushed around » — Magdebourg ; scrutin du 6 septembre 2026

« Off the couch » — origine estimée des voix AfD en Saxe-Anhalt : anciens électeurs AfD, anciens abstentionnistes, report des autres partis.
« Off the couch » — origine estimée des voix AfD en Saxe-Anhalt : anciens électeurs AfD, anciens abstentionnistes, report des autres partis. The Economist, 12 septembre 2026, p. 20

Le 6 septembre, l'AfD obtient 44 % en Saxe-Anhalt : un parti classé « extrémiste » par le renseignement intérieur est sur le point de diriger un Land allemand, ce qui ne s'est pas vu depuis 1945. Au niveau fédéral, il devance désormais la CDU de Merz de huit points. La question que pose l'éditorial : le « pare-feu » a-t-il protégé la démocratie allemande, ou lui a-t-il servi d'abri pour grandir ?

Exemples mobilisables

  • 44 % en Saxe-Anhalt, meilleur score de l'AfD dans un scrutin régional. Il lui manque trois sièges sur 83 au Landtag pour la majorité absolue ; le seul partenaire possible est le BSW de Sahra Wagenknecht, formation populiste pro-russe qui a franchi les 5 % de justesse.
  • Au plan national, l'AfD devance la CDU/CSU de huit points. Une élection fédérale aujourd'hui exigerait probablement une coalition de tous les partis du centre pour l'écarter du pouvoir — ce qui est exactement l'argument dont le parti se nourrit.
  • 59 % des électeurs de Saxe-Anhalt disent avoir voté comme un signal d'alarme adressé au gouvernement fédéral.
  • Popularité du chancelier Friedrich Merz : 13 %. Le mot d'un cadre de son parti : « La seule personne à la CDU qui pense que Friedrich Merz sera candidat à la chancellerie à la prochaine élection, c'est Friedrich Merz. »
  • Le programme régional de l'AfD, jugé « alarmant de popularité » par le journal : refonte radicale de l'éducation, de la culture, des médias et de la fonction publique du Land ; arrêt de la construction de mosquées ; restriction de l'appel public à la prière.
  • La ligne du parti au niveau fédéral : « remigration », rapprochement avec la Russie, sortie de l'Union européenne et de l'euro. Son objectif déclaré n'est pas de gouverner avec la CDU mais de la détruire.
  • Le cœur de l'éditorial, et la position la plus discutable du journal : la CDU devrait assouplir le Brandmauer — non pour s'allier aux extrémistes, mais pour signaler qu'une coopération future ne serait pas exclue avec une AfD qui se serait débarrassée de ses éléments les plus radicaux. L'objectif : renforcer les modérés internes et obtenir une AfD « plus proche des Frères d'Italie de Giorgia Meloni ».
  • Mécanique de la Saxe-Anhalt : Land de l'Est, dépeuplé, appauvri, où les loyautés partisanes sont faibles. Le résultat était attendu ; son ampleur ne l'était pas.
  • L'effet en chaîne sur les réformes : la coalition CDU-SPD avait adopté en juillet un paquet de 34 mesures sur les impôts et les retraites, premier vrai succès intérieur. Après la défaite, le SPD envisage de revenir sur des mesures sensibles. Le journal y voit le pire des choix : renoncer confirmerait l'accusation d'impuissance dont vit l'AfD.
  • Deux autres scrutins régionaux le 20 septembre, à Berlin et en Mécklembourg-Poméranie-Occidentale, où la CDU risque de tomber sous les 10 %. Le successeur possible cité : Hendrik Wüst, ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
  • Le paradoxe final : la politique allemande se décompose au moment précis où l'économie, stagnante depuis des années, montre enfin des signes de reprise — choc énergétique mieux absorbé que prévu, plan d'infrastructures qui monte en régime.

Contrepoint

Cas Mudde, The Far Right Today : la stratégie du cordon sanitaire n'a d'effet qu'associée à une réponse sur le fond ; isolée, elle nourrit le récit victimaire. Plus direct contre l'éditorial : les travaux sur la « contagion des thèmes » montrent que reprendre l'agenda de l'extrême droite en renforce la légitimité sans en réduire l'audience (expérience française depuis les années 1980). Et, sur le vote des abstentionnistes de l'Est, l'écho d'Arlie Hochschild, Strangers in Their Own Land : une géographie du ressentiment plus qu'une adhésion idéologique.

Vocabulaire

  • firewall (Brandmauer) — cordon sanitaire, pare-feu politique
  • to be on the ropes — être dans les cordes, au bord de la chute
  • blood in the water — du sang dans l'eau — les requins approchent
  • to water down — édulcorer, vider de sa substance

Question

La démocratie peut-elle se défendre sans se renier ?

En HGG : les fractures territoriales expliquent-elles les votes populistes ?

p.74

Science & technologie

  • Sciences
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  • Edgar

p. 74 « Boiling point » — OpenAI affirme que ses agents ont réglé une question mathématique majeure

Le problème d'existence et de régularité de Navier-Stokes est l'un des sept problèmes du millénaire posés par le Clay Mathematics Institute en 2000, dotés d'un million de dollars chacun. Un seul avait été résolu en vingt-six ans. Le 8 septembre, OpenAI annonce en avoir conquis un second : ses agents auraient exhibé une singularité — un vortex tourbillonnant dont la vitesse croît sans contrôle jusqu'à faire exploser les équations. La question de savoir à qui revient le mérite, elle, est aussi chaotique que les équations.

Exemples mobilisables

  • Les équations de Navier-Stokes décrivent l'écoulement des fluides : air sur une aile d'avion, pétrole dans un tuyau, plasma dans une étoile. On sait très bien s'en servir ; on ne sait pas démontrer leurs propriétés. Le savoir-faire précède ici la compréhension d'un siècle, ce qui est en soi un excellent sujet.
  • L'énoncé exact : savoir « si les équations de Navier-Stokes peuvent tomber en panne en un temps fini lorsqu'elles décrivent un fluide de densité fixe se déplaçant en trois dimensions ». La panne prendrait la forme d'une singularité : un point où une grandeur, la vitesse par exemple, devient infinie.
  • L'état de l'art avant septembre : les mathématiciens n'avaient ni prouvé que ces singularités n'existent pas, ni réussi à en trouver une. Trouver un contre-exemple est donc une façon parfaitement valide de résoudre le problème.
  • Le dispositif technique, à connaître pour lui-même : le 28 août, OpenAI commence à entraîner un nouveau modèle, puis engendre des équipes d'agents qui lisent Internet, exécutent du code et communiquent entre eux. Ce n'est pas un modèle qui répond : c'est une population qui travaille.
  • La course : OpenAI dit s'être mise au travail après avoir entendu la rumeur que Tristan Buckmaster (université de New York) et Levent Alpöge (Anthropic) approchaient de leur propre solution assistée par IA.
  • Les discussions entre OpenAI et Buckmaster ayant échoué, les deux mathématiciens ont publié en ligne leur travail inachevé le 8 septembre, avant l'annonce d'OpenAI. Deux équipes, deux calendriers, une seule question de paternité.
  • Le point de méthode le plus important : l'annonce d'OpenAI n'entre pas dans le détail qu'un mathématicien fournirait normalement sur la manière dont la solution a été atteinte. Une preuve dont on ne peut pas suivre le chemin est-elle une preuve ? La question n'est pas rhétorique : c'est celle que pose la communauté.
  • L'ordre de grandeur économique : 6,5 millions de dollars de calcul pour un prix d'un million. La démonstration n'est donc pas rentable ; elle est publicitaire, et c'est une observation à faire.
  • Un seul des sept problèmes du millénaire avait été résolu avant celui-ci : la conjecture de Poincaré, par Grigori Perelman, qui a refusé le million de dollars et la médaille Fields. Le contraste avec une nuée d'agents facturée 6,5 millions se passe de commentaire.

Contrepoint

Sur ce que vaut une preuve qu'aucun humain ne peut lire : le débat ouvert dès 1976 par la preuve assistée par ordinateur du théorème des quatre couleurs (Appel et Haken), que beaucoup de mathématiciens ont refusé de tenir pour une démonstration. Trente ans plus tard, la preuve formelle de Georges Gonthier avec l'assistant Coq a renversé l'objection — parce qu'elle était vérifiable mécaniquement, pas parce qu'elle était lisible. C'est le critère à appliquer ici. Voir aussi Timothy Gowers sur les mathématiques assistées, et l'expérience du projet Lean pour la formalisation.

Vocabulaire

  • to bottle something up — venir à bout de, maîtriser
  • swarm — essaim, nuée — ici de 10 000 agents
  • stepping-stone — étape intermédiaire, tremplin
  • to spawn — engendrer, faire apparaître en grand nombre

Question

Une démonstration que personne ne comprend est-elle une connaissance ?

La vérité se prouve-t-elle ou se vérifie-t-elle ?

p.76

Culture

  • Arts & cultures
  • CG · humanité
  • Anglais
  • Edgar

p. 76-77 « A new age of the orator » — à propos de The New Dark Ages, de James Marriott (Bodley Head, 208 pages)

La tendance de cinq siècles vers l'écrit s'inverse. Les idées qui passaient par les titres et les colonnes passent désormais par les TikTok et les podcasts : le monde entre dans un nouvel âge de l'orateur. L'article est doublement intéressant parce qu'il ne se contente pas de déplorer : il montre que le retour à l'oral ramène avec lui des traits pré-typographiques précis, et il refuse la nostalgie facile.

Exemples mobilisables

  • Le cadre théorique, emprunté à Walter Ong (Oralité et écriture) : l'écriture a permis aux cultures d'« externaliser » leur pensée, la rendant plus complexe et surtout ouverte à la dissection. Les processus mentaux sophistiqués — raisonnement logique, catégorisation abstraite — dérivent selon Ong « non de la pensée elle-même, mais de la pensée formée par le texte ».
  • Le concept opératoire à retenir : le backlooping, structure en boucle propre à l'oral, où le locuteur digresse et se répète en affinant son argument au fil de la parole. Illisible sur la page, mais très efficace pour faire tenir une idée dans une oreille. Son retour a un nom : le podcast. Joe Rogan, premier podcasteur mondial, bavarde souvent trois heures avec ses invités.
  • Le même mécanisme explique le succès de Donald Trump, que le journal qualifie de « communicant déplorable » aux critères classiques : plutôt que de construire des arguments, il empile des assertions. Sur la page, c'est incohérent ; à l'oreille, devant une foule, c'est efficace.
  • Le contexte du papier : le 10 septembre 2026 marque un an après la mort par balle de Charlie Kirk, en plein débat, à Utah Valley University. Le journal analyse son dispositif — une table, une pancarte « Prove me wrong » — comme le retour d'une culture politique bien antérieure à l'imprimerie, celle où l'on convainc de vive voix parce que les manuscrits coûtent cher et que presque personne ne lit.
  • Le renversement historique en une phrase : c'est seulement avec l'imprimerie et l'alphabétisation que les masses ont commencé à s'informer par le texte ; ceux qui voulaient convaincre ont rangé leur estrade et leur porte-voix pour écrire des pamphlets et des articles. C'est cette parenthèse de cinq cents ans qui se referme.
  • L'objection que l'article s'adresse à lui-même, et qui est le meilleur passage : la nostalgie du grand journalisme est largement fausse. Qui regrette les journaux du XIXe siècle devrait en lire — c'est la publicité et le besoin de séduire un lectorat de masse qui ont forcé les journalistes à moins inventer. Les vidéos furieuses provoquent des chasses aux sorcières en ligne ; les libelles furieux imprimés à partir du XVe siècle ont provoqué de vraies chasses aux sorcières. Et il suffit de remonter dix ans, quand Twitter était encore textuel, pour voir que l'écrit ne garantit ni le calme ni la nuance.
  • Marriott impute le déclin de la lecture aux smartphones, « prédateurs de notre attention ». Et cite un argument d'économie de l'attention avant l'heure : « Dickens écrivait dans la conviction raisonnable que son œuvre serait le divertissement le plus absorbant de votre maison — d'où des romans de 800 pages en moyenne. »
  • Une observation politique inattendue, très réutilisable : les dirigeants qui manient des symboles de béton comme réponses à des problèmes abstraits finissent parfois par devoir les construire. Trump voulait signifier la fermeté migratoire : il a invoqué un mur, et un mur a été en partie bâti. De même la méga-prison de Nayib Bukele au Salvador, ou le temple hindou de Narendra Modi à Ayodhya.
  • La phrase de conclusion, la meilleure du numéro : « Les grands orateurs enflamment les passions ; les grands écrivains remuent l'esprit. » Suivie de la citation de Kirk, « quand les gens cessent de se parler, les choses vraiment graves commencent », et de la question du journal : « mais à quel point cela empirera-t-il quand ils cesseront de lire ? »

Contrepoint

Jack Goody, La Raison graphique : c'est la source même de la thèse d'Ong, et elle est plus prudente que lui. Contre la « grande partition » : Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, où l'écriture apparaît d'abord comme un instrument de domination, et Jacques Derrida, De la grammatologie, contre le préjugé qui fait de la parole l'origine et de l'écrit la déchéance — ou l'inverse. Et bien sûr Marshall McLuhan : la « galaxie Gutenberg » qui se referme, avec le retour d'une oralité seconde, électronique, qu'il avait annoncée dès 1962.

Vocabulaire

  • orator — orateur — au sens rhétorique, pas « bavard »
  • backlooping — structure en boucle propre au discours oral
  • to natter away — bavarder, tailler une bavette
  • screed — libelle, diatribe imprimée

Question

La parole convainc-elle mieux que l'écrit ?

En arts et cultures : le support façonne-t-il la pensée ?

p.82

Nécrologie · hors programme

  • Ne sert à rien, et c'est volontaire

Obituary p. 82 — écrivain, poète, paysan et militant, mort le 31 août 2026 à 92 ans

Wendell Berry sous le porche de Lane's Landing, sa ferme du comté de Henry, Kentucky.
Wendell Berry sous le porche de Lane's Landing, sa ferme du comté de Henry, Kentucky. The Economist, 12 septembre 2026, p. 82

Tout ce qu'il a écrit tient dans un refus : celui de croire qu'on peut vivre bien sans connaître le sol sous ses pieds. Économie mondiale ? Une sottise : communisme et capitalisme privilégient les mêmes, c'est-à-dire quelques-uns. Marché libre ? Un moyen d'étendre le domaine de l'avidité. La vraie liberté, c'est de ne dépendre d'aucune entreprise ni d'aucune institution, et de contrôler directement sa propre vie. Non pas « Think Big », mais « Think Little ».

La suite

  • Ce qu'il regrettait le plus n'était pas une idée, c'était la terre arable. Sur sa ferme, il estimait la perte d'humus à hauteur de genou, par endroits hauteur d'épaule. Là où elle avait été, l'argile jaune affleurait, parfois la roche nue.
  • Sa définition de l'humus, la plus belle phrase de la nécrologie : il tient le passé non comme une histoire, mais comme une possibilité — une richesse accumulée par les feuilles tombées et les décompositions pendant des milliers d'années. C'est ce dans quoi son corps allait s'enfoncer et qu'il allait devenir.
  • L'image qui résume sa théorie du temps : le vieux seau de son grand-père, encore accroché à un piquet de clôture, dans lequel la nature avait fabriqué en quelques décennies quelques centimètres de terre noire. « Mais là où l'avidité humaine exigeait de la vitesse, le travail de restauration de la nature ne pouvait pas être pressé. »
  • La ferme : un an de travaux avant d'emménager avec sa femme Tanya ; une chaudière à mazout vite remplacée par un poêle à bois ; 75 acres, des poules, une vache laitière, et très peu de revenu. Ils n'auraient pas survécu sans son poste à l'université du Kentucky — le journal le dit sans ironie, mais il le dit.
  • Il ne cachait pas ses propres fautes : ses ancêtres avaient labouré des pentes qui n'auraient jamais dû l'être ; lui-même a creusé un étang qui a fait glisser le coteau. Il se décrivait comme « un paysan fou et un contrariant », et conduisait un attelage de chevaux parce qu'ils se débrouillaient mieux que n'importe quel tracteur dans ses pentes.
  • Sa réponse aux critiques qui l'accusaient d'idéaliser le passé : il la refusait net. Le passé aussi était plein de mauvais choix, dont la plupart ont produit les horreurs présentes. Et non, tout le monde ne peut pas être autosuffisant — mais même un citadin a un balcon ou une entrée où faire pousser quelque chose, un marché de producteurs où acheter local, et une manière de vivre à changer.
  • Sa théorie de l'action politique, qui va à rebours de tout : après des décennies de manifestations contre la dépendance du Kentucky aux énergies fossiles depuis les années 1960, il en était venu à penser que les protestations individuelles, min-uscules, marchent peut-être mieux que les mobilisations de masse — celles-ci tournant trop souvent à la mode qui passe avant que la racine du problème soit touchée. « Sauver la planète devait être ramené à l'échelle de la compétence de chacun. »
  • Sur les petits agriculteurs, dont la disparitié lui semblait une tragédie : la productivité n'était pas leur priorité. Ils préféraient bien utiliser la terre. Toute une économie tient dans cette distinction.
  • La nécrologie se clôt, chose rare, sur six vers de Berry lui-même — l'homme qui entre dans la paix des choses sauvages, qui ne grèvent pas leur vie de l'anticipation du chagrin. Le journal ne commente pas : il laisse le poème finir le texte.