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Briefing
Éditorial p. 7 « The reality of Islam in Europe » + briefing p. 16-18 « Of veils and threats » — Hambourg, Lille, Malmö
Le journal fait deux choses à la fois, et c'est ce qui rend l'article utile. Il démonte les peurs les plus grosses — pas de grand remplacement, pas de zones de non-droit, pas de charia rampante. Et il refuse de conclure qu'il n'y a rien : l'islamisme, distingué de l'islam comme une idéologie politique l'est d'une religion, pose des problèmes locaux réels, dont les premières victimes sont d'autres musulmans. La thèse : le danger continental naît de l'exploitation politique de ces problèmes locaux, par les deux bords.
Exemples mobilisables
- Les musulmans représentent 6 % d'une population européenne de plus de 500 millions d'habitants, et moins de 10 % dans chaque pays d'Europe occidentale. Mais la progression est rapide : France 6,6 % (2010) → 9,1 % (2020) ; Suède 4,5 % → 8,1 %.
- Les taux de fécondité des nouveaux arrivants convergent en deux générations vers ceux des natifs. C'est l'argument démographique de fond contre la thèse du remplacement.
- Intégration par le travail : 64 % des réfugiés arrivés en Allemagne en 2015 avaient un emploi en 2022, contre un taux national de 70 %. 88 % des musulmans d'Allemagne s'y disent à l'aise, 73 % veulent s'intégrer « sans réserve » (université de Münster).
- Intégration par l'école : 32 % des enfants de deux parents immigrés du Maghreb sont diplômés du supérieur (INED), contre 43 % pour la France entière — mais contre 3 % de leurs parents. Au Royaume-Uni, 67 % des Bangladais ayant passé les examens de 2021 étaient à l'université à 19 ans, contre 38 % des Britanniques blancs.
- Terrorisme : Europol recense 24 tentatives d'attentat djihadiste dans l'UE l'an dernier, dont la plupart déjouées. Les neuf qui ont abouti (huit attaques au couteau, une à la voiture-bélier) ont fait cinq morts. En 2024 : six attaques, six morts. « Rien, même de loin, à l'échelle du 11-Septembre », dont c'est le vingt-cinquième anniversaire cette semaine.
- Et pourtant : dans plusieurs pays européens, la moitié de la population juge l'islam incompatible avec les valeurs occidentales. 60 % des électeurs français soutiennent l'interdiction du voile dans l'espace public proposée par Marine Le Pen. 39 députés néerlandais sur 150 ont soutenu une motion disant que « l'islam n'appartient pas aux Pays-Bas ».
- Les chiffres d'opinion côté musulman, que le journal ne cache pas : au Royaume-Uni, 52 % des musulmans jugent l'homosexualité condamnable ; 41 % des moins de 35 ans estiment que la violence peut se justifier si l'on insulte le prophète, contre 25 % de leurs aînés. En France, 44 % des musulmans préféreraient la loi islamique à la loi française (28 % en 1995), 52 % chez les moins de 25 ans.
- Le mécanisme que l'article propose pour expliquer ce dernier chiffre : chez les jeunes, l'adhésion à des vues conservatrices peut être une manière d'affirmer une identité face à l'hostilité ambiante. Cause ou conséquence : c'est tout le débat, et le journal ne tranche pas.
- Estimations des services : 28 000 membres des groupes suivis par le renseignement intérieur allemand ; 3 à 5 % des musulmans néerlandais (25 000 à 50 000 personnes) tenus pour fondamentalistes.
- Les victimes premières sont locales : la moitié des douze quartiers de Blackburn, en Angleterre, sont musulmans à plus de 60 %, deux à plus de 80 %. Les femmes y subissent une pression pour s'en remettre à des conseils de charia dans leur vie familiale ; les musulmans homosexuels ou libéraux y sont intimidés.
- Le coût des erreurs de l'État : en 2019, les services néerlandais accusent le lycée Cornelius Haga d'Amsterdam d'être noyauté par des enseignants fondamentalistes. L'école attaque en justice, et en 2024 un tribunal juge les accusations trompeuses. Chaque épisode de ce genre nourrit le sentiment de chasse aux sorcières.
- La phrase la plus utile, d'Andy Grote, ministre de l'Intérieur de Hambourg : « L'AfD et les islamistes radicaux sont partenaires : ils prospèrent tous les deux sur la polarisation. » Et celle de Hugo Micheron : « les algorithmes ont de plus en plus remplacé les imams, les mentors et les professeurs ».
- À Rosengard (Malmö), quartier « vulnérable » depuis plus de dix ans, le parti Nuance — qui veut criminaliser l'islamophobie et la profanation du Coran — a recueilli plus de 30 % des voix dans le bureau principal en 2022, pour 0,4 % au niveau national.
Contrepoint
Olivier Roy, L'islam mondialisé et Le djihad et la mort : la radicalisation est moins l'aboutissement d'une religiosité que la révolte de jeunes déculturalisés — « islamisation de la radicalité » plutôt que radicalisation de l'islam. Face à lui, Gilles Kepel (Terreur dans l'Hexagone) tient au contraire que l'idéologie salafiste et son implantation territoriale sont premières. Le désaccord Roy-Kepel est le contrepoint à connaître : il structure tout le débat français depuis dix ans, et une copie qui le mobilise proprement se distingue immédiatement. Sur le versant du regard porté : Edward Saïd, L'Orientalisme.
Vocabulaire
- entryism — entrisme : noyautage d'une institution de l'intérieur
- no-go zone — zone de non-droit — expression que l'article récuse
- pusillanimous — pusillanime, timoré
- to whip up fear — attiser la peur
Question
Faut-il tolérer les ennemis de la tolérance ?
En HGG : la laïcité est-elle un modèle exportable ?
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