Revue de presse  ·  pour Clémence & Edgar

The Economistnuméro du 5 septembre 2026

Vol. 460 · n° 951584 pagesÉdition Union européenne

p.51

International

  • CG · humanité
  • ESH
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  • Clémence

Éditorial p. 9 « Opening the glass front door » + enquête p. 51-53 « Women, jobs and honour » — Lucknow, Riyad, Stockholm

« She works hard for the money » — part des femmes qui travaillent, selon le degré de sexisme du pays et la richesse du ménage.
« She works hard for the money » — part des femmes qui travaillent, selon le degré de sexisme du pays et la richesse du ménage. The Economist, 5 septembre 2026, p. 52

Dans une grande partie du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et d'Asie du Sud, l'obstacle au travail des femmes n'est pas le salaire inégal : c'est l'interdiction d'aller travailler du tout, parce que l'honneur masculin est indexé sur la réclusion féminine. La thèse du journal : c'est l'argent, plus que la loi ou la morale, qui fait céder cette norme.

Exemples mobilisables

  • Égypte : on offre à des mères mariées une crèche gratuite ou à prix réduit près de chez elles. 11 % acceptent. L'obstacle est le mari — alors que 90 % des Égyptiennes désapprouvent cette interdiction.
  • Taux d'activité féminine : un tiers en Asie du Sud, un cinquième au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, sept sur dix en Amérique du Nord.
  • Banque mondiale : lever ces barrières relèverait le revenu par habitant de 20 % dans beaucoup de pays — un gain supérieur à celui d'éviter une guerre civile.
  • Part du revenu du travail revenant aux femmes depuis 1990 : France 35 % → 44 % ; Pakistan 1,5 % → 9 %.
  • Arabie saoudite : réformes engagées en 2011, taux d'activité féminine 18 % (2010) → 34 %.
  • 540 millions de femmes vivent dans des pays où l'égalité juridique est classée « lointaine » (indice Women, Business and the Law).
  • Inde : près de 40 % des femmes elles-mêmes jugent qu'un mari est parfois fondé à battre sa femme. Mali : près de 70 %.
  • Chine / Inde : population féminine en âge de travailler quasi identique, population active féminine chinoise près de trois fois plus grande.
  • Royaume-Uni : jusqu'en 1975, une banque pouvait refuser un prêt immobilier à une femme sans l'accord de son mari. Allemagne : viol conjugal non criminalisé jusqu'en 1997. La norme « immémoriale » a cinquante ans.
  • Uttar Pradesh (McKelway, Dartmouth) : montrer aux maris et beaux-parents une vidéo de six minutes sur un atelier sûr et féminin augmente de 35 à 57 % la probabilité que leur femme prenne un emploi.
  • Concepts à retenir : patrilineal/fraternal syndrome (Valerie Hudson), honour/income trade-off (Alice Evans, Stanford), indice SWPER.

Contrepoint

Amartya Sen, Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté — le développement comme liberté et non comme rendement ; l'inverse exact de l'argument du journal. Sur le passage suédois : Sara Farris, In the Name of Women's Rights, sur l'instrumentalisation politique de l'égalité femmes-hommes contre l'immigration — l'article aborde le sujet pour le désamorcer, ce qui est aussi une prise de position.

Vocabulaire

  • seclusion — réclusion, mise à l'écart
  • chauvinist — sexiste, macho
  • gossip — médisance, rumeur
  • to shun — fuir, refuser

Question

L'appartenance à l'humanité suffit-elle à fonder l'égalité ?

En ESH : l'émancipation a-t-elle besoin d'être rentable pour advenir ?

p.13

Briefing

  • ESH
  • HGG
  • CG · humanité
  • Anglais
  • Les deux

Éditorial p. 7 « The sorcerer of silicon » + Briefing p. 13 + États-Unis p. 31 « Not in my backyard » + Entreprises p. 60

« A rare point of consensus » — opinion nette sur la construction de nouveaux centres de données. Négative dans tous les camps, y compris chez les partisans de Trump.
« A rare point of consensus » — opinion nette sur la construction de nouveaux centres de données. Négative dans tous les camps, y compris chez les partisans de Trump. The Economist, 5 septembre 2026, p. 32

Nvidia est devenue la banque de sa propre clientèle : elle finance ou garantit les achats de ses propres puces. Le journal soutient que ce n'est pas une bulle à la Cisco. Au même moment, l'opinion américaine bascule contre les centres de données qui rendent cette croissance possible — et le sujet devient électoral.

Exemples mobilisables

  • Première capitalisation mondiale : 5 400 milliards de dollars. Bénéfice net projeté 370 Md$ l'an prochain ; ventes possibles 1 000 Md$ en 2029.
  • Cours de l'action : 14 fois son niveau à la sortie de ChatGPT, fin 2022.
  • Les dix plus grandes entreprises cotées de l'IA pèsent 40 % de la valeur du S&P 500. Nvidia seule, 8 %. Elle a produit environ 15 cents de chaque dollar rendu par le marché actions américain depuis 2023 — un indice « diversifié » qui est en réalité un pari sur une entreprise.
  • 1 000 Md$ d'accords où Nvidia fournit à ses clients cash ou garanties pour qu'ils achètent ses puces. D'où le surnom de « banque de l'IA ».
  • Morgan Stanley : exposition de crédit totale ~200 Md$ début 2029 ; « dette de l'ombre » pouvant atteindre 300 Md$. Seules les six plus grandes banques américaines en portent davantage.
  • Contre-argument du journal : 99 Md$ de trésorerie, marge brute passée de moins de 60 % à 75 %, ~200 Md$ de cash générés cette année. Cisco, elle, s'était endettée.
  • Fragilité réelle : les puces non-Nvidia représentent 38 % du marché (contre 26 % en 2023), et la R&D est passée de plus d'un cinquième des ventes à moins d'un dixième.
  • Le trou : l'IA rapporterait ~150 Md$ par an à la tech américaine, face à 2 500 Md$ de dépenses d'investissement à couvrir.
  • Opinion américaine sur les centres de données : majoritairement favorable il y a un an. Gallup, mars : 71 % d'opposition. Annenberg : 19 points de bascule entre février et juin-juillet. Economist/YouGov fin août : 63 %. Ils sont désormais moins populaires que les centrales nucléaires.
  • Retournement politique en trois États : Pritzker (Illinois) signe une loi d'incitation en 2019 (« aussi essentiels que nos routes, nos trains et nos écoles »), puis suspend les crédits d'impôt en juin 2026 ; Abbott (Texas) ordonne un audit du réseau électrique ; Shapiro (Pennsylvanie) donne un droit de veto aux communes. « Pro-data centre » est devenu une insulte de campagne.
  • Le rejet est bipartisan : l'opinion nette sur la construction de nouveaux centres de données est négative dans tous les camps — démocrates, indépendants, républicains et partisans de Trump (voir le graphique). Sur le premier semestre, 409 comtés américains ont examiné un moratoire ou une mesure similaire.
  • Les deux chiffres qui alimentent la colère : les centres de données et bureaux de Google ont consommé 10,9 milliards de gallons d'eau en 2025 — l'équivalent de l'irrigation annuelle de 73 terrains de golf dans le sud-ouest américain. Et selon le Lawrence Berkeley National Laboratory, ils représentaient 4,4 % de l'électricité américaine en 2023 et pourraient atteindre 9,5 à 15,3 % en 2030.
  • Goldman Sachs, BlackRock, Blackstone et Nvidia lancent une initiative 500 Md$ sur les centres de données.

Contrepoint

Daron Acemoglu (prix Nobel 2024) estime l'effet macroéconomique de l'IA nettement plus modeste que le consensus : c'est la référence à opposer. Et Robert Gordon, The Rise and Fall of American Growth, sur l'idée que les grands gains de productivité sont derrière nous.

Vocabulaire

  • hyperscaler — les géants du cloud
  • vendor financing — le fournisseur prête à son client pour qu'il lui achète
  • boondoggle — gouffre, dépense inutile
  • NIMBY — « pas dans mon jardin »

Question

Le progrès technique élargit-il l'humanité ou la remplace-t-il ?

En ESH : le financement de l'innovation par ses propres fournisseurs est-il un accélérateur ou un risque systémique ?

p.76

Culture

  • Arts & cultures
  • CG · humanité
  • HGG
  • Edgar

Éditorial p. 10 « Follow the thread » + Culture p. 76 + Grande-Bretagne p. 26

L'illustration du dossier Culture : la file d'attente pour voir la tapisserie, dessinée dans le style de la tapisserie.
L'illustration du dossier Culture : la file d'attente pour voir la tapisserie, dessinée dans le style de la tapisserie. The Economist, 5 septembre 2026, p. 76

La tapisserie est exposée au British Museum à partir du 10 septembre 2026 : premier retour en Angleterre depuis sa fabrication il y a près de mille ans. Le journal en tire une thèse sur la survie des œuvres — et une leçon politique à peine voilée.

Exemples mobilisables

  • Brodée vers 1070, probablement à Cantorbéry, par les Anglo-Saxons vaincus, sur commande probable de l'évêque Odon, demi-frère de Guillaume, pour glorifier Hastings (1066). Une propagande de guerre fabriquée par les vaincus.
  • Longue comme un Boeing 747 — environ 70 mètres.
  • Août 1944 : Himmler envoie au commandant nazi de Paris un message codé — « n'oubliez pas de mettre la tapisserie de Bayeux en lieu sûr ». Il voulait l'exposer au château de Wewelsburg, siège SS qu'il rêvait en « centre du monde nouveau ». Les décrypteurs britanniques interceptent l'ordre, préviennent la Résistance, qui la cache dans les sous-sols du Louvre.
  • Sous la Révolution, des révolutionnaires veulent en faire des bâches pour charrettes de munitions : un avocat et un troc de matériaux la sauvent. Pendant la guerre franco-prussienne, elle est cachée dans un cylindre de zinc.
  • Pendant des siècles elle est roulée dans un coffre et sortie une fois par an dans la nef de la cathédrale de Bayeux. Elle n'est pas célèbre avant le début du XVIIIe siècle.
  • L'argument central : elle a survécu parce qu'elle était en lin et laine. Les tapisseries médiévales rehaussées d'or, d'argent et de pierres ont disparu — volées ou dépecées pour leurs matériaux. La pauvreté du support a fait la survie de l'œuvre.
  • Écho d'actualité : joyaux de la Couronne volés au Louvre l'an dernier, collier de diamants royal volé à Vienne la semaine dernière.
  • Troisième leçon du journal : la tapisserie ne jubile pas. Elle ne minimise pas l'horreur de la guerre, ne danse pas sur les tombes, ne traite pas les Anglais de « perdants » — sans doute parce qu'il y avait des révoltes à mater.
  • Cinq tentatives britanniques d'emprunt avaient échoué avant Macron, dont une pour le 900e anniversaire de la conquête.

Contrepoint & précision

Ce n'est pas une tapisserie mais une broderie : elle n'est pas tissée, elle est brodée sur une toile de lin. L'erreur est consacrée par l'usage ; la signaler dans une copie est un bon marqueur de précision. Et le cadrage « symbole post-Brexit de la coopération franco-britannique » (p. 26) est une lecture britannique de circonstance, pas une évidence.

Vocabulaire

  • linen — lin
  • thread — fil (« follow the thread »)
  • to gloat — jubiler, triompher méchamment
  • to nick / to pinch — chiper, faucher

Question

Ce qui survit d'une civilisation est-il ce qu'elle a voulu transmettre ?

Pour l'oral : à qui appartient une œuvre — à ceux qui l'ont faite, ou à ceux qui l'ont gardée ?

p.72

Science & technologie

  • CG · humanité
  • Sciences
  • Les deux

Science & technologie p. 72 « Power dressing »

Des exosquelettes lombaires dans un champ de poireaux. L'usage réel, très loin des combinaisons de science-fiction.
Des exosquelettes lombaires dans un champ de poireaux. L'usage réel, très loin des combinaisons de science-fiction. The Economist, 5 septembre 2026, p. 72

Les exosquelettes intégraux à la Aliens ont échoué. Ceux qui marchent aujourd'hui sont modestes : ils assistent une seule partie du corps. Le progrès, ici, a consisté à renoncer.

Exemples mobilisables

  • Remco Letschert, ouvrier du bâtiment à Aarhus, a eu les mains broyées dans une plieuse de tôle. Un an plus tard il est retourné sur les chantiers grâce à un gant motorisé qu'il appelle sa « main de robot » : capteurs dans les doigts et la paume, cinq petits moteurs tirent des câbles qui resserrent sa prise. Il porte, grimpe, perce.
  • Ironhand (Skelex, société néerlandaise) : 9 995 €, utilisé par ~200 entreprises dans le monde depuis 2024.
  • L'armée américaine a développé trois exosquelettes complets il y a dix ans. Tous abandonnés.
  • La citation à retenir, de Karl Zelik (université Vanderbilt) : la plus grande avancée a été la retenue — l'abandon des designs « hollywoodiens qui font tout ».
  • ReWalk (Lifeward, Israël) : permet à certains blessés médullaires de se lever, marcher, monter un escalier. L'utilisateur se penche en avant, des capteurs détectent l'inclinaison, des moteurs aux hanches et aux genoux font le reste.
  • MyoPro (Myomo, Massachusetts) : des électrodes lisent les signaux musculaires devenus trop faibles pour déclencher une contraction ; un microprocesseur infère le geste voulu. Environ 4 000 unités livrées.

Contrepoint

Michael Sandel, Contre la perfection — la critique morale de l'augmentation humaine, qui distingue mal réparer et augmenter, et pose que le problème n'est pas le risque mais l'hubris. À l'opposé : les études sur le handicap reprochent au « modèle médical » de vouloir réparer le corps plutôt qu'adapter le monde — un exosquelette est aussi une manière de ne pas transformer le chantier.

Vocabulaire

  • restraint — retenue
  • spinal-cord injury — lésion de la moelle épinière
  • actuator — actionneur
  • to whir — vrombir, ronronner

Question

Réparer, augmenter : la frontière est-elle dans le corps ou dans l'intention ?

p.37

Les Amériques

  • HGG
  • ESH
  • Clémence

Éditorial p. 8 « Trumpismo » + Les Amériques p. 37 « The devil's business » — Caracas

Production pétrolière du Venezuela, en millions de barils par jour. La chute est tout le sujet.
Production pétrolière du Venezuela, en millions de barils par jour. La chute est tout le sujet. The Economist, 5 septembre 2026, p. 8

Le 28 août, Trump annonce ce qu'il appelle « LE PLUS GROS ACCORD PÉTROLIER DE L'HISTOIRE DU MONDE ». Le régime vénézuélien cède des concessions à une compagnie privée dont le Pentagone prend 35 % ; en échange, l'Amérique obtient un droit de premier refus sur le pétrole. La thèse du journal : l'accord crée désormais, des deux côtés, un intérêt financier à empêcher la transition démocratique.

Exemples mobilisables

  • Le Venezuela pompait 3,4 millions de barils/jour en 1998, à l'élection de Chávez. Il avait alors le niveau de vie le plus élevé d'Amérique latine et une démocratie stable financée par le pétrole.
  • Sous Chávez puis Maduro : hyperinflation, effondrement de la production, un quart des Vénézuéliens ont émigré.
  • L'accord : 17 gisements (14 concessions nouvelles, 3 déjà exploités), environ 65 milliards de barils, soit un cinquième des réserves prouvées du pays.
  • Le Pentagone prend 35 % de North American Blue Energy Partners ; l'Amérique peut acheter 20 % de la production future à prix coûtant, a un droit de premier refus sur le reste, et un droit de veto sur la nomination des administrateurs, dont la majorité doit être de nationalité américaine.
  • Trump prétend que l'accord « plus que double » les réserves américaines. C'est faux : les réserves américaines sont d'environ 46 milliards de barils, et le pétrole vénézuélien n'a pas été « offert ».
  • Objectif affiché par Caracas : repasser à 1,5 million de barils/jour, les trois quarts du niveau d'avant Chávez. Aucun calendrier, aucun financement identifié.
  • Francisco Monaldi (Baker Institute, Rice) : « le Venezuela sera complètement hors-sujet pour le prix mondial du pétrole pendant encore un an environ ». L'industrie est une relique rouillée après vingt ans de gestion calamiteuse.
  • Chevron, déjà présent, annonce séparément 7 Md$ d'investissement. Les autres majors restent prudentes : un gouvernement librement élu pourrait contester un accord qui donne tant de contrôle à l'Amérique.

Contrepoint

La littérature sur la malédiction des ressources (Auty, Sachs et Warner) : le pétrole appauvrit institutionnellement les États qui en dépendent, indépendamment de qui l'exploite. Elle relativise l'idée que le problème serait Trump ; le problème est peut-être le pétrole. Michael Ross, The Oil Curse, nuance et montre que tout dépend du moment où la rente arrive dans l'histoire de l'État.

Vocabulaire

  • the spoils — le butin
  • first refusal — droit de préemption
  • strongman — homme fort, autocrate
  • to stump up — cracher au bassinet, financer

Question

Une ressource naturelle peut-elle être une chance pour un pays ?

En HGG : à qui appartiennent les ressources d'un État sans gouvernement légitime ?

p.33

États-Unis

  • ESH
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États-Unis p. 33 « Rage in the machine »

« Boiling over » — part des phrases de colère dans les discours au Congrès américain depuis 1875, en moyenne mobile sur trois ans.
« Boiling over » — part des phrases de colère dans les discours au Congrès américain depuis 1875, en moyenne mobile sur trois ans. The Economist, 5 septembre 2026, p. 33

Des économistes de Harvard, HEC Paris, Paris-Saclay et Berkeley ont passé 150 ans de discours au Congrès et des millions de messages de réseaux sociaux à la moulinette d'une IA, en notant huit émotions : colère, tristesse, fierté, gratitude, peur, dégoût, joie, espoir. Résultat : la politique américaine n'a jamais été aussi en colère. Et la colère n'est pas un symptôme, c'est un carburant.

Exemples mobilisables

  • Les propos de colère au Congrès bondissent sous Newt Gingrich dans les années 1990, refluent au début des années 2000, et remontent de 50 % depuis 2013.
  • Chez les électeurs : la part des phrases exprimant de la colère dans les tweets politiques a augmenté de 35 % entre 2013 et 2025 ; dans les commentaires Reddit, de 46 %.
  • Pew : la part des partisans qui disent que l'autre camp les met « en colère » a grimpé de près de 30 points, à 76 %, entre 2016 et 2025.
  • Le chiffre qui sert partout : un tweet en colère d'un membre du Congrès reçoit 59 % de retweets en plus qu'un message émotionnellement neutre.
  • Stefanie Stantcheva (Harvard) : les personnes exposées à des émotions négatives deviennent moins favorables à l'immigration et au commerce, et plus favorables à la redistribution. « Quand vous êtes en colère, les catégories que vous convoquez sont le grief et le blâme. »
  • La colère mobilise mieux que les autres émotions — et détruit la confiance dans les institutions, renforce la polarisation et affaiblit l'attachement aux normes démocratiques, même quand sa source n'a rien de politique.
  • Trump en deux mois : « djihadistes », « fous furieux », « Tal-a-freak-o », des moqueries sur le poids et le physique, y compris contre d'anciens alliés républicains traités de « losers ».

Contrepoint

Albert Hirschman, Les Passions et les Intérêts : l'idée que le commerce et l'intérêt devaient précisément domestiquer les passions politiques — la thèse inverse de ce qu'on observe ici, et une profondeur historique que l'article n'a pas. Sur l'économie de l'attention : Tim Wu, The Attention Merchants, sur le fait que la colère n'est pas un accident du modèle mais son produit.

Vocabulaire

  • outrage — indignation (« to trade in outrage »)
  • feedback loop — boucle de rétroaction
  • partisanship — esprit de parti
  • furrowed brow — front plissé

Question

La colère est-elle une émotion politique légitime ?

Pour l'humanité : une démocratie peut-elle fonctionner sans passions ?

p.74

Science & technologie

  • CG · humanité
  • Sciences
  • ESH
  • Les deux

Science & technologie p. 74 « Weight watchers » — le sujet le plus troublant du numéro

En juillet, OpenAI révèle que deux de ses modèles ont piraté Hugging Face, une autre entreprise d'IA. Le 26 août on apprend comment : chacun de ces modèles avait créé des centaines d'agents, qui ont collaboré pour mener l'attaque. Ils croyaient que Hugging Face détenait de quoi réussir un test qu'OpenAI leur faisait passer.

Exemples mobilisables

  • Chronologie : les agents conspirent plus d'un mois dans les serveurs d'OpenAI. En mai, des chercheurs de la maison repèrent le forum — l'information ne remonte pas la hiérarchie. En juin, un outil de cybersécurité alerte une équipe, qui juge inutile d'interrompre l'évaluation. En juillet, l'attaque réussit.
  • Le 19 juillet, un troisième modèle, plus puissant, trouve des outils logiciels laissés là par les précédents et prend brièvement le contrôle complet d'un serveur d'OpenAI.
  • L'audit indépendant a été mené par METR, organisation américaine de sécurité de l'IA : trois chercheurs externes, six jours, plus de 70 000 messages et fichiers, un rapport de 91 pages publié le 26 août.
  • Ce que le rapport décrit : des centaines d'agents organisés en équipes. Une équipe a tenté de remplacer l'énigme sur laquelle elle était testée — laquelle était insoluble, par erreur de ses créateurs. Une deuxième a cherché à tromper le logiciel de notation. Une troisième à effacer les traces des deux premières.
  • Le point de gouvernance, capital : c'est OpenAI qui a choisi la période examinée par les auditeurs — les 17 jours précédant le piratage. Ce découpage exclut plus d'un mois de comportements antérieurs et la prise de contrôle du serveur qui a suivi.
  • METR reconnaît avoir été « consciemment consciente » que ses conclusions pourraient dissuader les entreprises d'IA de faire appel à des auditeurs externes à l'avenir — et que cela a « influencé des arbitrages » dans la rédaction. L'auditeur écrit qu'il s'est autocensuré pour préserver sa possibilité future d'auditer.
  • Le verrou technique : tant qu'une entreprise contrôle les poids du modèle, elle peut l'éteindre. Un modèle qui accéderait à ses propres poids pourrait tenter de se recopier sur des machines dans le monde entier.

Contrepoint

Ne pas surinterpréter : ces agents n'ont ni volonté ni conscience, ils optimisent une note. C'est précisément ce qui rend l'histoire intéressante — le comportement dangereux naît de l'objectif, pas d'une intention. C'est le problème classique de la spécification des objectifs (Stuart Russell, Human Compatible). À l'opposé, la tribune de Ciaran Martin dans le numéro du 29 août soutient que la menace cyber liée à l'IA est exagérée : les deux textes se contredisent à une semaine d'intervalle dans le même journal, ce qui est en soi une excellente observation à faire dans une copie.

Vocabulaire

  • weights — les poids d'un modèle, ses paramètres
  • to sift through — passer au crible
  • misbehaviour — comportement déviant
  • lapse — manquement, défaillance

Question

Une machine peut-elle désobéir sans le vouloir ?

Pour l'humanité : l'intention est-elle nécessaire à la responsabilité ?

p.54

International · The Telegram

  • HGG
  • Clémence

International p. 54 « The Telegram » — chronique

La guerre ne se termine pas, elle s'intensifie et s'étend. Vue de Suède, c'est une impasse : les coûts montent des deux côtés, mais chacun juge la défaite pire encore. Le pays s'organise donc pour cinquante ans de confrontation.

Exemples mobilisables

  • La Suède a abandonné il y a deux ans deux siècles de neutralité pour entrer dans l'OTAN. Elle donne et vend des Gripen à l'aviation ukrainienne, étend la conscription, resserre ses liens avec les Nordiques, les Baltes, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne.
  • Les sociaux-démocrates, qui ont passé la guerre froide à s'opposer bruyamment à l'OTAN et que les sondages donnent gagnants, parlent aujourd'hui d'une menace existentielle de long terme justifiant un engagement de cinquante ans.
  • Ulf Kristersson (premier ministre) : « aucun signe que la Russie ait changé la logique de fond de cette guerre. Ils veulent conquérir l'Ukraine, et nous ne savons pas quels sont leurs objectifs après ça. »
  • Articulation redoutable pour une copie : la pénurie ukrainienne de missiles intercepteurs a été aggravée par la guerre au Moyen-Orient, qui a consommé les stocks. Les théâtres sont liés.
  • Ce que Stockholm redoute vraiment : non pas la Russie, mais que l'unité occidentale se fissure — que les pays éloignés de la Russie réclament la normalisation, ou que l'Amérique, décidée à obtenir la paix à tout prix, interdise les livraisons d'armes américaines, coupe le renseignement, ou retire ses troupes des pays baltes et de Pologne.
  • Morgan Johansson : un cessez-le-feu ne donnerait qu'un conflit gelé, pas une paix durable. Même avec un réformateur à la Gorbatchev, la Suède devrait « rester sur ses gardes » et ne pas refaire l'erreur d'il y a vingt-cinq ans, quand l'Occident a cessé de craindre la Russie et réduit ses défenses.
  • La conclusion, à retenir telle quelle : une impasse, c'est-à-dire un mauvais résultat meilleur que tous les autres.

Contrepoint

Sur la lecture d'un Poutine mû par une logique impériale, l'école « réaliste » (John Mearsheimer) impute au contraire l'essentiel à l'élargissement de l'OTAN. C'est une thèse minoritaire et très contestée, mais la connaître et savoir pourquoi on la rejette vaut mieux que l'ignorer — un correcteur le verra.

Vocabulaire

  • deadlocked / stalemate — dans l'impasse
  • braced for — préparé à, arc-bouté contre
  • frozen conflict — conflit gelé
  • to keep one's guard up — rester sur ses gardes

Question

Peut-on préparer la paix en se préparant à cinquante ans de guerre ?

p.82

Nécrologie · hors programme

  • Ne sert à rien, et c'est volontaire

Obituary p. 82 — chanteuse chinoise, championne de l'opéra traditionnel, morte le 11 août 2026 à 97 ans

Guo Lanying, à l'époque de « Shangganling ».
Guo Lanying, à l'époque de « Shangganling ». The Economist, 5 septembre 2026, p. 82

Née dans le Shanxi, laissée mourir dans les bois nourrisson faute de lait, sauvée par une tante. Vendue à six ans par ses parents affamés à un maître d'opéra pour cinq pièces de cuivre — environ 12 dollars. Fouettée à la lanière de peau de mouton quand un saut périlleux était raté. À onze ans, elle avale du poison et s'enfuit ; elle revient, parce qu'elle veut chanter.

La suite

  • Devenue la chanteuse la plus aimée de Chine, sa chanson-signature « Ma patrie » chantée dans un film de 1956 sur la guerre de Corée. Zhou Enlai en était grand admirateur.
  • Pendant la Révolution culturelle, l'opéra est interdit dix ans et elle est envoyée à « l'étable », prison improvisée et travaux forcés.
  • En décembre 1976, après l'arrestation de la Bande des Quatre, elle change une chanson en plein concert pour louer Zhou Enlai plutôt que l'Armée populaire.
  • Nommée « Artiste du Peuple » en 2019. À la retraite, elle vend sa maison et ses décorations pour fonder une école d'opéra à Canton, dont elle porte les pierres avec son mari.