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Essai
Essai p. 8-25 « How Alliances Survive — The Case Against Pessimism and the Path to a New Allied Order », par Kurt M. Campbell et Rush Doshi
Deux anciens responsables de l'administration Biden soutiennent que le pessimisme sur l'avenir des alliances américaines est exagéré. Leur thèse : les alliances n'ont jamais tenu par le sentiment, la confiance ou les valeurs partagées, mais par des réalités matérielles — et celles-ci tirent aujourd'hui plus fort qu'avant. Le choc Trump ne les détruira pas ; il pourrait, comme les crises précédentes, produire la réforme qu'elles réclament, ce qu'ils appellent l'« allied scale », la mise en commun des capacités.
Exemples mobilisables
- Ce que l'administration a fait en moins de deux ans, selon les auteurs : menacé de s'emparer du Groenland, menacé de quitter l'OTAN, retiré des troupes d'Allemagne, pesé sur des élections alliées, taxé ses amis.
- Citations utiles : Mark Carney, « l'ancienne relation que nous avions avec les États-Unis est terminée » ; Ursula von der Leyen, « l'Occident tel que nous le connaissions n'existe plus » ; le ministre singapourien de la défense — les États-Unis sont passés de partenaire à « landlord seeking rent », propriétaire qui réclame son loyer.
- L'argument de l'âge d'or qui n'a jamais existé : Suez 1956 (Washington menace la livre sterling pour arrêter une intervention alliée) ; 1966, la France quitte le commandement intégré ; années 1970, l'amendement Mansfield, qui aurait réduit de moitié les forces américaines en Europe, passe de justesse ; doctrine de Guam 1969 et retrait de 20 000 hommes de Corée ; ouverture vers Pékin en 1972, qui prend Taipei et Tokyo de court.
- Sur l'économie : le « choc Nixon » d'août 1971 (fin de la convertibilité du dollar en or + surtaxe de 10 % à l'importation) et les accords du Plaza, 1985 — en trois ans le yen double face au dollar, un ajustement bien plus brutal que les 15 % de droits de douane actuels.
- Sondages : la part d'Américains estimant que Washington doit décider avec ses alliés est à son plus haut en 50 ans (Chicago Council, série depuis 1974) ; la conviction que les alliances sont « très efficaces » passe de 32 % à 55 % entre 2016 et aujourd'hui. Côté européen (ECFR), une majorité dans 13 pays sur 15 pense que la relation « redeviendra meilleure » après Trump ; moins d'un tiers croit que les dégâts survivront à son départ.
- Convergence des menaces : l'OTAN qualifie désormais la Chine de « decisive enabler » de la guerre russe ; les quatre partenaires indo-pacifiques (Australie, Japon, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud) assistent régulièrement à ses sommets. Macron sur les surcapacités chinoises : elles « tuent littéralement une grande part de l'industrie européenne ». Merz évoque un nouvel accord du Plaza pour réévaluer le yuan.
- Liens qui se resserrent malgré le de-risking : les États-Unis absorbent 20 à 30 % des exportations alliées ; sur cinq ans les exportations vers la Chine reculent d'environ 15 % (Europe) et 20 % (Japon, Corée, Inde) tandis que celles vers les États-Unis progressent d'environ 30 % (Europe, Corée, Inde).
- Technologie : trois hyperscalers américains (Amazon, Google, Microsoft) tiennent environ deux tiers du marché mondial du cloud ; les fournisseurs européens à peine 15 % de leur propre marché domestique. Dépenses d'infrastructure IA prévues en 2026 : plus de 700 milliards de dollars pour les hyperscalers américains contre environ 13 milliards de dépenses souveraines européennes. À l'inverse, les États-Unis restent dépendants des machines de lithographie néerlandaises, de l'optique allemande, des produits chimiques japonais et des usines taïwanaises.
- Défense : plus de 80 % de l'effort de réarmement européen de 860 milliards de dollars est ouvert aux entreprises américaines ; la part des marchés de défense européens allant à des firmes américaines est passée d'environ 28 % (2019-21) à 51 % (2022-24). Taïwan demande 25 milliards de dollars d'armes nouvelles.
- L'échelle chinoise, chiffrée : deux fois la capacité manufacturière américaine, une économie 30 % plus grande en parité de pouvoir d'achat, la première marine du monde, un excédent commercial de 1 200 milliards de dollars. Une coalition alliée pèserait plus du double du PIB chinois en PPA et la moitié de la production manufacturière mondiale contre un tiers pour la Chine.
- Les cinq ordres possibles, à recopier tels quels : multipolarité hobbesienne, sphères d'influence, concert des puissances, prééminence chinoise partielle (la plus probable selon eux), et l'allied scale. Argument fin : la preuve que la cinquième option est plausible, c'est l'énergie que Pékin met à l'empêcher (Wohlforth, Victoria Tin-bor Hui sur les stratégies de division des coalitions).
- Le « vrai deep state » : planificateurs militaires, officiers de renseignement, spécialistes du contrôle des exportations, banquiers centraux, négociateurs commerciaux, ingénieurs de normalisation. Lent à construire, donc lent à défaire. C'est un argument d'histoire administrative — utilisable très largement.
Contrepoint
Mark Leonard, dans le même numéro, p. 26 (voir le sujet suivant) : l'ordre est déjà abandonné, ceux qui parlent de le réparer parlent comme des architectes dans un monde d'artisans. Le numéro organise lui-même la controverse — c'est une aubaine pour une copie. Voir aussi Robert Kagan, cité ici comme ayant prononcé l'éloge funèbre de l'époque où les alliés suivaient Washington, et Stephen Walt ou John Mearsheimer pour la thèse réaliste que les alliances suivent les rapports de force et rien d'autre.
Vocabulaire
- forbearance — patience, indulgence, retenue
- burden sharing — partage du fardeau (des dépenses de défense)
- to de-risk — réduire son exposition, se désengager prudemment
- hedging — couverture, stratégie de précaution (ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier)
Question
Peut-on fonder une communauté sur l'intérêt seul ?
En HGG : les alliances des États-Unis sont-elles un instrument de puissance ou une charge ?
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