Revue de presse  ·  pour Clémence & Edgar

The Economistnuméro du 29 août 2026

Vol. 460 · n° 951476 pagesÉdition Europe continentale

p.14

Briefing

  • HGG
  • CG · humanité
  • Anglais
  • Clémence

Éditorial p. 7 « The Unwelcoming States of America » + briefing p. 14-16 « America's deportation machine » — Columbus, Los Angeles, Oklahoma City — et p. 60 « Growth on ICE »

« Go away, young man » — créations d'emplois mensuelles aux États-Unis, et seuil nécessaire pour maintenir l'emploi constant.
« Go away, young man » — créations d'emplois mensuelles aux États-Unis, et seuil nécessaire pour maintenir l'emploi constant. The Economist, 29 août 2026, p. 60

Trump tient sa promesse. Le nombre d'arrestations n'a jamais été aussi élevé, mais la machine a changé de style : fini les descentes filmées, place à la coopération discrète avec la police locale et aux interpellations dans les aéroports. La thèse du journal : en ramenant la migration nette à zéro, le président affaiblit durablement son pays, et la campagne d'expulsions est devenue impopulaire jusque dans son électorat.

Exemples mobilisables

  • Migration nette en 2025 : zéro. La population active américaine a reculé d'un million depuis janvier.
  • Coût du traitement, de l'entrave et de l'expulsion : 17 000 dollars par personne.
  • Arrestations ICE : 43 000 en juin, près de 50 000 en juillet, record de l'agence. La Maison-Blanche exigerait 2 000 arrestations par jour.
  • 1,6 million de migrants sont sous ordre d'éloignement ; 1,7 million sont devenus expulsables par de nouveaux montages juridiques ; 11,3 millions de dossiers sont en attente.
  • Plus d'un million de personnes de 13 pays ont perdu leur statut de protection temporaire (TPS). 170 000 Salvadoriens le perdent en septembre ; certains vivent aux États-Unis depuis 25 ans.
  • 56 personnes sont mortes en rétention ICE depuis janvier 2025, plus du double de tout le mandat Biden. L'agence prévoit jusqu'à 20 M$ pour équiper ses agents de gants délivrant des décharges électriques.
  • Approbation nette de Trump sur l'immigration : −13 en août, −35 chez les Hispaniques. 47 % des Américains, 55 % des Hispaniques et plus d'un cinquième de ses propres électeurs de 2024 veulent supprimer ICE — mais 93 % de ceux qui se disent MAGA approuvent sa politique.
  • Visas étudiants délivrés en 2025 : −29 %. L'administration propose de facturer 103 265 dollars le dossier de visa H-1B.
  • Près de la moitié des entreprises du Fortune 500 ont été fondées par des immigrés ou par leurs enfants.
  • Palantir fournit à ICE un outil nommé ELITE, qui génère des « listes de cibles » avec photos et adresses probables. « C'est un peu comme Google Maps », dit un agent.
  • En juin, les républicains ont voté en bloc 70 milliards de dollars supplémentaires pour ICE et la Border Patrol. Le Congrès n'a voté aucune réforme migratoire d'ampleur depuis les années 1990.
  • Côté employeurs : un hôtel de Lake Placid chiffre à un demi-million de dollars le manque à gagner d'un mois de retard de chantier, après l'interpellation d'un salarié en situation régulière et de vingt sous-traitants.
  • Vocabulaire politique à connaître : heritage Americans et remigration, mots de l'entourage présidentiel, que le journal décrit comme s'arrêtant « à quelques centimètres du racisme assumé ».

Contrepoint

George Borjas, We Wanted Workers : l'immigration produit des gagnants et des perdants, et les perdants sont les travailleurs peu qualifiés déjà présents. L'article raisonne en agrégats et écrase cette distribution — c'est le point où un correcteur attend une discussion. Sur la frontière elle-même : Wendy Brown, Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique, pour qui le mur est le théâtre d'une souveraineté qui n'en a plus les moyens — utile pour retourner l'argument « la frontière est calme, donc la politique marche ».

Vocabulaire

  • dragnet — coup de filet, rafle
  • to round up — rafler, ramasser
  • in absentia — par défaut : jugement rendu sans le prévenu
  • litmus test — test décisif, critère de pureté

Question

Peut-on appartenir à l'humanité sans appartenir à un État ?

En HGG : l'immigration est-elle un ajustement du marché du travail ou une décision politique ?

p.43

Chine

  • HGG
  • Anglais
  • Clémence

Éditorial p. 10 « A Sino-American tug-of-law » + analyse p. 43-44 « Law-law, not jaw-jaw »

Depuis des décennies, l'Amérique impose sa loi aux entreprises du monde entier grâce à son emprise sur le système financier. La Chine apprend vite, et se dote de la même arme à partir d'un autre levier : sa domination sur les chaînes d'approvisionnement. Des lois écrites depuis 2021, durcies en avril, punissent les entreprises qui obéissent aux sanctions étrangères. Résultat : respecter une loi américaine peut désormais signifier violer une loi chinoise.

Exemples mobilisables

  • JPMorgan Chase et Citigroup sont poursuivis devant des tribunaux chinois pour 44 millions de dollars au total, pour avoir gelé les avoirs d'un négociant pétrolier sanctionné, sur ordre du Trésor américain.
  • Juin : la Cour populaire suprême condamne une entreprise singapourienne qui refusait de transporter de l'électronique pour une société hongkongaise sous sanctions. Des tiers sont donc atteints, pas seulement des firmes américaines.
  • Mai : Londres juge que Samsung doit 392 millions de dollars à ZTE ; Chongqing juge que ZTE doit en recevoir près du double. Satisfaire un tribunal, c'est défier l'autre — et les conséquences d'ignorer Chongqing seraient plus lourdes que d'ignorer Londres.
  • 2018 : Xi Jinping demande aux cadres du Parti de « saisir les armes juridiques » qui conviennent à une grande puissance. La même année, Meng Wanzhou (Huawei) est arrêtée au Canada à la demande des États-Unis. Pékin arrête deux Canadiens sur des charges fabriquées et les détient près de trois ans.
  • 2021 : première loi chinoise dissuadant les entreprises de respecter les sanctions étrangères. Fin 2024 : des règlements obligent les firmes étrangères utilisant des composants chinois à respecter le droit chinois de l'exportation, et donnent à Pékin le droit de filtrer leurs clients — décalque exact de la foreign direct product rule américaine, invoquée pour bloquer les machines néerlandaises de gravure.
  • Juillet 2026 : une loi de « promotion de l'unité ethnique » criminalise tout acte commis à l'étranger qui « porte atteinte à l'unité nationale ». Un projet de loi sur la cybercriminalité fera de même pour toute information transmise hors de Chine qui nuit à ses « intérêts publics ».
  • 15 septembre 2026 : entrée en vigueur de pouvoirs élargis d'interdiction d'entrée et de sortie du territoire visant des personnes.
  • Le modèle revendiqué est européen : le blocking statute de l'Union. Les lois chinoises vont plus loin : elles rendent illégal, pour toute entreprise étrangère, le respect de sanctions discriminant des entités chinoises.
  • Le grief historique mobilisé par Pékin : au XIXe siècle, les puissances coloniales refusaient de relever du droit chinois dans les ports qu'elles contrôlaient. La formule de conclusion du journal : la Chine veut n'être « plus la victime de l'histoire mondiale, mais son auteur ».
  • Parades des multinationales : filialiser ou fermer les activités chinoises, tenir les données de valeur hors de Chine, limiter les transferts de technologie sensible, s'assurer qu'aucune opération hors de Chine ne dépend d'un dirigeant ou d'un actif situé sur place.

Contrepoint

Antoine Garapon et Pierre Servan-Schreiber, Deals de justice. Le marché américain de l'obéissance mondialisée : vue d'Europe, l'extraterritorialité américaine est une arme économique, pas un droit exporté. C'est le contrepoint le plus efficace, parce qu'il vient d'un allié et non de Pékin. À mobiliser avec les amendes infligées à BNP Paribas (8,9 milliards de dollars en 2014), à Alstom et à Technip, et avec le rapport Gauvain remis à l'Assemblée nationale en 2019.

Vocabulaire

  • lawfare — usage du droit comme arme ; mot-valise de law et warfare
  • long-arm statute — loi à portée extraterritoriale
  • to fall foul of — tomber sous le coup de, se mettre en infraction avec
  • to be blacklisted — être mis sur liste noire

Question

Le droit est-il un instrument de puissance ?

En HGG : la mondialisation se fragmente-t-elle en blocs juridiques ?

p.13

By Invitation · tribune

  • Sciences
  • CG · humanité
  • Anglais
  • Edgar

Tribune signée p. 13, Ciaran Martin, professeur à la Blavatnik School of Government (Oxford), directeur du National Cyber Security Centre britannique de 2016 à 2020

Depuis trente ans, la cybersécurité produit des prophéties d'apocalypse qui ne se réalisent jamais tout à fait. Martin soutient que la vague actuelle — modèles trop dangereux pour être publiés, agents échappés de leur bac à sable — suit le même cycle : annonce spectaculaire, puis réévaluation à la baisse en quelques semaines. L'équilibre entre attaque et défense tient. Le vrai problème est ailleurs, et il est ennuyeux.

Exemples mobilisables

  • 19 mai 1998 : sept pirates du groupe L0pht, autorisés à témoigner sous pseudonyme (« Mudge », « Space Rogue », « Kingpin »), préviennent une commission du Sénat en costumes mal coupés que chacun d'eux peut rendre Internet inutilisable en trente minutes. Vingt-huit ans plus tard, personne ne l'a fait.
  • 2012 : Leon Panetta, secrétaire à la Défense, annonce un « Pearl Harbor cybernétique ».
  • Avril 2026 : Anthropic annonce que son modèle Claude Mythos est trop bon en piratage pour être publié. Juillet : OpenAI révèle que plusieurs de ses agents se sont échappés de leur environnement de test vers Hugging Face. Puis Anthropic à nouveau, Meta, et l'AI Security Institute britannique.
  • La démystification : les agents « devenus fous » ne l'étaient pas. Ils faisaient ce qu'on leur avait demandé, « avec la précocité et l'indiscipline d'enfants doués et non surveillés ». Aucun dommage réel. Le facteur commun est un défaut de contrôle de l'environnement de test, pas une capacité nouvelle.
  • Le principe que défend Martin, et qui est la phrase à retenir : un agent agit de façon autonome mais n'est pas autonome — celui qui le met au travail répond de ce qu'il fait.
  • L'argument économique : pirater avec des agents suppose de contourner les garde-fous et d'engager des coûts de calcul très lourds. Plusieurs années après le début de l'ère IA, les preuves d'un usage réel par des attaquants malveillants restent « remarquablement minces ».
  • Pendant que la presse commentait ces incidents, des pirates attaquaient réellement des installations de traitement d'eau dans une douzaine d'États américains, avec des techniques rudimentaires exploitant des failles élémentaires. La rupture d'approvisionnement n'a été évitée que grâce aux réserves d'eau, aux vannes manuelles et à des agents attentifs.
  • Les deux phrases de Marcus Hutchins : « l'usine de traitement d'eau du coin tourne sous Windows XP » — système déjà obsolète quand WannaCry a frappé — et « le protocole qui route le trafic Internet n'est sécurisé que parce que tout le monde s'accorde à trouver que le détourner ne serait pas cool ». Il parle du BGP.
  • Pourquoi personne n'a fait tomber Internet : non par impossibilité technique, mais parce qu'aucun pirate compétent n'y a intérêt, sauf un nihiliste intégral, et qu'il s'exposerait à de lourdes représailles. C'est un équilibre de dissuasion, pas une sécurité.
  • À Black Hat ce mois-ci, deux employés d'OpenAI ont présenté l'incident Hugging Face. Leur recommandation finale : appliquer les principes de sécurité de base, établis de longue date, aurait largement suffi à le contenir.
  • La concession de Martin, à ne pas oublier : l'IA ne donne pas de pouvoirs magiques aux pirates, mais elle les aide à préparer, accélérer et passer à l'échelle. La négligence en matière de sécurité coûtera donc plus cher qu'avant.

Contrepoint

Thomas Rid, Cyber War Will Not Take Place : même conclusion, argument tout autre — la cyberattaque n'est pas une guerre parce qu'elle ne remplit aucun des critères de Clausewitz. En sens inverse, Bruce Schneier, Click Here to Kill Everybody : l'interconnexion des objets physiques change la nature même du risque, et l'argument « ça n'est jamais arrivé » est exactement ce qu'on dit avant. Pour la dimension CG, le principe de responsabilité posé par Martin croise directement Günther Anders et l'écart entre ce que nous fabriquons et ce que nous sommes capables de nous représenter.

Vocabulaire

  • overdone — exagéré, excessif
  • hype — battage, emballement médiatique
  • guardrails — garde-fous
  • to gawp at — béer devant, regarder bouche bée

Question

Sommes-nous responsables de ce que font nos machines ?

Une prophétie non réalisée est-elle une prophétie fausse ?

p.20

Europe

  • HGG
  • Sciences
  • Les deux

p. 20 « Where are the snows of yesteryear ? » — San Sicario, Piémont

« Brown and out » — une piste enneigée artificiellement dans un versant brun, Piémont italien.
« Brown and out » — une piste enneigée artificiellement dans un versant brun, Piémont italien. The Economist, 29 août 2026, p. 20

Les Alpes se réchauffent à plus du double du rythme moyen de l'hémisphère nord. La neige de culture retarde l'échéance sans la lever : elle coûte cher, consomme eau et électricité, et devient impossible précisément là où elle serait le plus utile, en basse altitude. La thèse : les stations qui survivront sont celles qui cesseront d'être des stations de ski.

Exemples mobilisables

  • Les Alpes se réchauffent à plus du double du rythme moyen de l'hémisphère nord.
  • Étude de 2023 portant sur 2 000 stations européennes : à +2 °C au-dessus du niveau préindustriel, plus de la moitié manqueraient de neige un hiver sur deux. Avec des canons couvrant la moitié de leur surface skiable, la part tombe à 27 %.
  • Mais l'enneigement artificiel « ne peut pas suivre le rythme du réchauffement », dit Daniel Scott, géographe à l'université de Waterloo : aux stations basses, qui en ont le plus besoin, il fait trop souvent trop chaud pour qu'il fonctionne.
  • Prévision du même Scott : « Certainement 25 % dans les vingt prochaines années » cesseront leur activité.
  • Piémont : programme de modernisation de 50 millions d'euros dévoilé en décembre. Part consacrée à la diversification : moins de 6 millions, soit un huitième. Le reste va aux télécabines qui montent les skieurs toujours plus haut — ce qui surcharge les sommets et ne sert à rien aux débutants.
  • Whistler Blackcomb, la plus grande station d'Amérique du Nord, reçoit désormais plus de visites l'été que l'hiver. C'est le modèle visé.
  • Une étude de la Banque d'Italie : « les stratégies d'adaptation fondées sur la diversification des activités et des revenus de montagne sont cruciales ».
  • Le report de clientèle comme opportunité : la chaleur qui vide les plages méditerranéennes peut remplir les montagnes. Événements culturels, centres de bien-être, VTT, baignade en lac.
  • L'avantage est au premier arrivé : les stations qui s'établissent tôt comme destinations d'été ou d'année acquièrent un avantage réputationnel difficile à rattraper. C'est un argument de rente de premier entrant, transposable bien au-delà du ski.

Contrepoint

Rodolphe Christin, Manuel de l'antitourisme : la diversification décrite ici prolonge la mise en tourisme de la montagne au lieu de la questionner — on remplace le skieur par le vacancier de bien-être, la fréquentation ne baisse pas. Plus précisément sur ce terrain, Philippe Bourdeau (Institut de géographie alpine, Grenoble) travaille l'« après-ski » comme une transition post-touristique, c'est-à-dire un changement de modèle, et non comme un simple changement de saison. C'est exactement l'écart qu'il faut nommer.

Vocabulaire

  • snowmaking — enneigement artificiel, neige de culture
  • resort — station — de ski, balnéaire
  • year-round — à l'année, toutes saisons
  • the writing on the wall — les signes avant-coureurs du désastre — ici détourné en the writing on the ice

Question

La nature est-elle un décor ou un partenaire ?

En HGG : l'adaptation au changement climatique est-elle une politique d'aménagement ou un renoncement ?

p.46

Chine · Chaguan

  • CG · humanité
  • HGG
  • Anglais
  • Clémence

Chronique Chaguan p. 46 « Chinese women are falling behind at work »

Les Chinoises dépassent désormais les hommes à l'université et reculent au travail. La « pénalité de maternité » existe presque partout ; en Chine elle est aggravée par la conjonction de quatre choses : une culture du surtravail, un âge de la retraite précoce pour les femmes, un congé maternité payé pour l'essentiel par l'employeur, et une politique nataliste qui rend ce dernier méfiant. La thèse de la chronique : le verrou n'est pas la loi, c'est la norme sociale.

Exemples mobilisables

  • 51 % des étudiants à l'université sont des femmes, en hausse de 14 points depuis 1995.
  • Les hommes gagnent en moyenne un tiers de plus.
  • Taux d'activité des femmes de 15 à 64 ans : près de 80 % en 1990, l'un des plus élevés au monde ; moins de 70 % aujourd'hui, soit en dessous du Japon et de l'Union européenne. La trajectoire va à rebours de l'intuition.
  • Aucune femme au Politburo depuis 2022, après un quart de siècle où il en comptait une ou deux.
  • Congé maternité : environ six mois à plein salaire, généreux pour le niveau de développement du pays — mais l'État n'en couvre qu'une part et l'employeur paie le gros. D'où des patrons qui attendent d'être prévenus quand une salariée cherche à avoir un enfant.
  • Congé paternité : 15 jours dans beaucoup de provinces, quand il est pris.
  • Âge de la retraite : 55 ans pour les femmes en col blanc, 60 pour les hommes ; relèvement progressif à 58 et 63 d'ici 2040. Conséquence : une femme qui revient au travail vers 40 ans a peu de carrière devant elle, donc les entreprises n'investissent pas sur elle.
  • Le mot de Mao, en 1950 : « les femmes portent la moitié du ciel ». La chute de la chronique : dans l'éducation elles en portent aujourd'hui plus de la moitié ; dans le monde du travail, environ un tiers.
  • « Après 35 ans, c'est le gel par-dessus la neige », dit une ancienne webdesigner partie avoir un enfant. Elle se reconvertit pilote de drone.
  • La nuance que l'article prend soin d'apporter : une femme de l'événementiel dit avoir eu plus de frictions avec des patronnes qu'avec des patrons — « société patriarcale : quand les femmes percent et obtiennent du pouvoir, elles ont tendance à être plus autoritaires ».
  • Mécanisme à retenir : les offres exigent de « tolérer le stress, faire des heures et rester joignable ». Ces critères ne visent pas les femmes — ils dissuadent tout parent d'enfants en bas âge, c'est-à-dire, en pratique, les mères. Discrimination indirecte, exemple de manuel.
  • Le banquet d'affaires comme lieu de décision, officiellement interdit sous Xi : un cadre et un promoteur de Hangzhou ont été récemment accusés d'avoir agressé une jeune employée après l'un de ces dîner. « Nos patrons ne le disent pas directement, mais ils espèrent qu'on serve de décoration. »

Contrepoint

Claudia Goldin, prix Nobel 2023, Career and Family : la pénalité de maternité tient d'abord aux greedy jobs, ces emplois qui paient de façon disproportionnée la disponibilité totale. La culture du surtravail chinoise en est le cas limite — ce qui rend la Chine beaucoup moins exotique que la chronique ne le laisse entendre, et permet de comparer avec la France. Plus politique : Leta Hong Fincher, Leftover Women, qui voit dans la pression matrimoniale un instrument d'État et non une norme diffuse.

Vocabulaire

  • motherhood penalty — pénalité de maternité
  • help-wanted notice — offre d'emploi
  • to hold up half the sky — porter la moitié du ciel — formule de Mao
  • runway — marge de manœuvre ; littéralement la piste qui reste avant le décollage

Question

L'égalité se décrète-t-elle ?

Le travail émancipe-t-il ?

p.47

International

  • CG · humanité
  • Sciences
  • Anglais
  • Les deux

p. 47-48 « Artificial transcendence » — AI is changing religion and religions are trying to change AI

« Misaligned » — position des modèles d'IA sur l'axe traditionnel / séculier de la World Values Survey, comparée à l'opinion publique par région.
« Misaligned » — position des modèles d'IA sur l'axe traditionnel / séculier de la World Values Survey, comparée à l'opinion publique par région. The Economist, 29 août 2026, p. 48

L'IA se met à faire ce que les religions font depuis des millénaires : former le regard sur la vie et aider à y trouver un sens. Or les modèles sont conçus dans la Silicon Valley et en Chine, quasiment sans apport religieux. Les institutions tentent donc les deux choses à la fois : peser sur la fabrication des modèles, et encadrer l'usage qu'en font les fidèles. L'article ne tranche pas ; c'est sa qualité.

Exemples mobilisables

  • Magisterium AI, de la société Longbeard à Rome : chatbot nourri d'une bibliothèque catholique choisie, revendiquant des millions d'utilisateurs dans 190 pays. Ses robots numérisent manuscrits et codex que les chercheurs peinaient à lire.
  • Les questions religieuses représentent environ 5 % d'un jeu de données public de millions de conversations avec des chatbots.
  • CEFE AI a posé 150 questions sur le deuil, les relations et la morale à 27 grands modèles de langage : ils invoquent la religion dans 5 à 16 % des réponses, alors que les personnes interrogées jugeaient l'angle religieux pertinent dans 45 à 59 % des cas. C'est l'écart central de l'article.
  • Léon XIV, première encyclique (mai 2026) : la technique n'est jamais neutre, elle prend « les caractéristiques de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l'utilisent ». Phrase parfaitement citable en dissertation.
  • Chris Olah, cofondateur d'Anthropic, est intervenu à la présentation de l'encyclique à Rome. Anthropic a consulté des penseurs catholiques en rédigeant la « constitution » de Claude. Les « Minerva Dialogues » réunissent depuis des années patrons de la tech et responsables catholiques.
  • L'argument historique, le plus solide du texte : l'imprimerie a mis la Bible entre les mains des fidèles, a nourri des interprétations nouvelles et les a diffusées malgré le clergé. Le conseil spirituel rendu par une IA pourrait produire le même déplacement d'autorité.
  • Objection de Waleed Kadous, concepteur d'Ansari, chatbot pour musulmans : les modèles étant « flagorneurs et centrés sur l'utilisateur, pas sur sa communauté », les croyants dérivent vers une pratique « plus individualisée ».
  • Audrey Tang : les chatbots « sont optimisés pour le confort à court terme ». Juewei Shi, nonne bouddhiste de l'ordre Fo Guang Shan, craint qu'on ne sache plus supporter la souffrance — ni les autres, imparfaits — si l'on s'habitue à « recevoir un réconfort artificiel ». Dans le taoïsme, la tension entre les contraires fait partie de la création.
  • Steven Croft, évêque anglican à la retraite : « si le monde entier est séduit par des chatbots narcissiques, cela pourrait nous rendre la tâche encore plus difficile ».
  • Le Qatar finance Fanar, famille de modèles arabophones conçus pour refléter des valeurs islamiques. Taïwan organise depuis 2023 des « assemblées d'alignement » où des citoyens délibèrent du comportement attendu des modèles, et les conclusions servent à en façonner localement.
  • Improvisation religieuse : « Theta Noir », collectif spirituel qui attend MENA, superintelligence future aux pouvoirs divins censée accorder à l'humanité « la grande mise à jour » (Beth Singler, université de Zurich).
  • Étude à paraître (Oxford et al.) : une IA conversationnelle opposée à des orateurs chevronnés, champions de débat compris, s'est révélée « systématiquement plus persuasive ».
  • Longbeard a développé « Ephrem », petit modèle « conçu pour faire des saints » : il bâtit un plan de vie à partir des vies de saints. « Un petit ange sur votre épaule qui vérifie que vos priorités sont les bonnes. »
  • Le contre-argument des optimistes : le travail pastoral est parmi les moins menacés, parce que les prêtres administrent surtout des rites. Peu de fidèles veulent d'un chatbot pour un mariage, un enterrement ou un baptême.

Contrepoint

Ivan Illich, La convivialité : au-delà d'un certain seuil, l'outil cesse de servir l'homme et le reconfigure. L'argument s'applique mot pour mot, et il est plus fort que la crainte exprimée par les religieux cités. Sur la sécularisation supposée irrésistible : Charles Taylor, L'Âge séculier, pour qui le séculier n'est pas l'absence de croyance mais une condition nouvelle du croire — ce qui relativise le graphique. Et Jacques Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle, qui tenait déjà la technique pour un sacré de substitution : « Theta Noir » l'illustre presque trop bien.

Vocabulaire

  • sycophantic — flagorneur, complaisant
  • clergy / laity — le clergé / les laïcs
  • wisdom traditions — traditions de sagesse
  • to proselytise — faire du prosélytisme

Question

Une machine peut-elle nous apprendre à vivre ?

Le réconfort est-il un bien ?

p.68

Culture

  • Arts & cultures
  • Anglais
  • Edgar

p. 68-69 « Shelf control » — Paris ; la librairie la plus célèbre du monde, et la question de savoir si sa recette est reproductible

La file d'attente quai de Montebello, un après-midi d'été.
La file d'attente quai de Montebello, un après-midi d'été. The Economist, 29 août 2026, p. 68

La librairie anglophone d'en face de Notre-Dame fête ses 75 ans. Le journal pose la question économique : la recette est-elle reproductible ? Réponse : non, et pour une raison qui vaut bien au-delà du livre. Son actif principal n'est pas son fonds, c'est son mythe — et ce mythe, elle l'a délibérément adopté plutôt que corrigé.

Exemples mobilisables

  • 2 000 à 3 000 visiteurs par jour, près d'un million par an.
  • Fondée il y a 75 ans ce mois-ci par George Whitman, d'abord sous le nom Le Mistral.
  • La première Shakespeare and Company, sans lien juridique avec celle-ci, est celle de Sylvia Beach, ouverte en 1919 : elle publia l'Ulysse de Joyce quand tout le monde le tenait pour obscène, et comptait Hemingway et T. S. Eliot parmi ses amis. Sa boutique ferme pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • George Whitman : « la personne la plus excentrique que j'aie jamais rencontrée », disait Lawrence Ferlinghetti — ce qui, venant d'un compagnon des Beats, situe le personnage. Il se prétendait petit-fils de Walt Whitman ; son père était un professeur nommé Walter, sans aucun lien. Il appela sa fille Sylvia.
  • Après y avoir tourné Minuit à Paris, Woody Allen a envoyé un mot à l'équipe. Il l'a adressé à Sylvia Beach, morte en 1962.
  • Plus de 30 000 personnes ont dormi dans la boutique et les logements au-dessus, en échange de travail, de lecture et d'une autobiographie d'une page. Whitman décrivait son magasin comme « une utopie socialiste déguisée en librairie ».
  • Le merchandising à forte marge — tote bags, carnets — représente environ 30 % du chiffre d'affaires.
  • On propose au client un tampon à l'effigie de la maison sur la page de garde : on ne vend pas un livre, on vend l'histoire de son achat. Meilleures ventes : Notre-Dame de Paris et Le Petit Prince.
  • Un exemplaire dédicacé peut tripler les ventes d'un titre (Andrew Pettegree, historien des librairies).
  • Aux États-Unis, environ 400 librairies indépendantes ont ouvert un point de vente physique l'an dernier, soit +62 % sur un an. Loin de tuer l'imprimé, le livre numérique a rendu certains lecteurs plus enclins à payer pour de belles éditions.
  • Concurrence de mythe : El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires, ancien théâtre ; Livraria Lello à Porto, qui se dit « la plus belle librairie du monde » et fait payer l'entrée. Deux stratégies opposées : montrer, ou interdire de montrer.
  • Le facteur que personne ne peut copier : « très peu de libraires sont propriétaires de leurs murs », note James Daunt, patron de Barnes & Noble. Une autre Shakespeare & Co, sans lien, a fermé à New York l'an dernier, loyers en cause.
  • La tension assumée : une carte d'accès permettant de couper la file est réservée aux clients les plus fidèles et aux plus en vue. Des expatriés trouvent que la maison s'adresse désormais aux passants plus qu'aux Parisiens.

Contrepoint

Walter Benjamin, L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique : l'aura y était ce que la reproduction détruit. Ici elle n'est pas perdue, elle est fabriquée — et l'interdiction de photographier est précisément une technique de production d'aura par rareté artificielle. Le retournement vaut d'être travaillé. Et Pierre Bourdieu, Les règles de l'art : le capital symbolique d'une maison littéraire se convertit en capital économique. Trente pour cent de tote bags.

Vocabulaire

  • books-and-mortar — jeu de mots sur bricks-and-mortar, le commerce physique
  • to while away — passer le temps, tuer le temps
  • unreliable narrator — narrateur non fiable — notion de théorie littéraire
  • playbook — recette, mode d'emploi, plan de jeu

Question

L'authenticité se fabrique-t-elle ?

En arts et cultures : le lieu fait-il l'œuvre ?

p.74

Nécrologie · hors programme

  • Ne sert à rien, et c'est volontaire

Obituary p. 74 — le plus long emprisonnement de l'histoire américaine, mort le 27 juin 2026 à 101 ans

Frank Smith à 60 West, maison de retraite pour détenus, Rocky Hill, Connecticut.
Frank Smith à 60 West, maison de retraite pour détenus, Rocky Hill, Connecticut. The Economist, 29 août 2026, p. 74

Mort le 27 juin, à 101 ans, dans une maison de retraite pour détenus de Rocky Hill, Connecticut : bâtiment de plain-pied, briques rouges, pelouse et bannière étoilée. Condamné à mort en 1950, à 25 ans, pour le meurtre du gardien de nuit du yacht-club d'Indian Harbor à Greenwich. Le butin de ce cambriolage : des cravates, des pinces à cravate et le chapeau du gérant. Peine commuée en 1954. Plus de soixante-dix ans derrière les barreaux.

La suite

  • Il a volé des livres de droit à la bibliothèque de la prison pour préparer ses recours, puis écrit 259 pages à la main demandant l'habeas corpus, avec la liste de 221 violations de ses droits. La cour d'appel fédérale du deuxième circuit a tout rejeté.
  • Son complice, George Lowden, l'avait désigné comme le tireur et avait obtenu le second degré, échappant à la chaise. Il a ensuite changé de témoignage. Le policier qui avait mené le premier interrogatoire a déclaré à la commission des grâces qu'il était « certain » que Smith n'avait pas tiré — et doutait même qu'il fût sur les lieux. En 1953, un autre détenu affirme que c'est lui, avec Lowden, qui a tué.
  • Le résultat de tout cela, et la phrase la plus dure du texte : il a cessé d'être indéniablement coupable, sans jamais être déclaré innocent. Aucun second procès n'a eu lieu.
  • Une évasion réussie, en 1967 : bon mécanicien, il vole un camion depuis un régime de sécurité allégée et tient douze jours sur les routes, jusqu'à Winthrop, Massachusetts.
  • Libéré sur parole en 1975, réincarcéré dix mois plus tard pour petit larcin et port d'arme. Il n'a plus jamais redemandé la liberté conditionnelle, alors qu'il y avait droit tous les quelques ans.
  • Autorisé à rentrer chez lui pour Noël 1974, il était revenu avant la fin de la journée. « La prison était sûre et réglée. La liberté était difficile, et peut-être en avait-il perdu l'habitude. »
  • Sa famille — parents, deux frères, trois sœurs — est venue au procès et à la dernière exécution programmée, puis a cessé de venir. Il est resté cinq ans sans une seule visite. La seule exception fut une journaliste du Boston Globe, Annalisa Quinn, qui fit son portrait en 2023 quand tout le monde l'avait oublié.
  • La chute, que le journal ne commente pas : à Osborn, il bourrait ses vêtements trop grands de pain pour les oiseaux. « Peut-être n'enviait-il plus les oiseaux qui, une fois remplis du pain de son réfectoire, repartaient en volant. »